Céret chante encore "le temps des cerises"
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La cerise de Céret est une friandise très attendue au printemps
On aurait pu les lui remettre hier soir, à Nîmes, comme un fruit délicieux sur un gâteau électoral européen à la saveur incertaine.
Mais ce n'est que ce matin, à l'Élysée, que Nicolas Sarkozy goûtera les premières cerises de l'année, venues en droite ligne de Céret dans les Pyrénées-Orientales. Dans le Vallespir, on ne sait plus par qui et comment naquit la tradition. Le fait est que, depuis Vincent Auriol, tous les Présidents reçurent, année après année, les premières baies du millésime. « Et quelle que soit leur couleur politique ! », précise René Borrat, un historien du cru qui met sa plume au service de la mémoire cérétane .
C'est que, dans cette vallée au sud du Canigou, la politique prit souvent des airs de guérilla entre républicains et royalistes ; plus prosaïquement entre pauvres et riches.
Avant que ne vienne le temps des cerises, « les meilleures terres étaient aux mains d'une poignée de familles. Aux autres il ne restait que les versants où on cultivait un peu de vigne et de maigres céréales », rapporte René Borrat.
C'est pourtant sur ces rustiques parcelles, entre 300 et 400 m, froides l'hiver, ensoleillées au printemps, et toujours abritées de la tramontane, que les paysans pauvres prirent leur revanche après qu'un certain Guitard eut démontré que la bigarreau prospérait comme un poisson dans l'eau.
Le développement des transports rapides aidant, la cerise de Céret connut ses premières heures de gloire dès les années vingt, autant appréciée pour sa couleur et sa chair que sa précocité.
Mûre entre le 23 avril et le 10 mai, elle est la première cerise naturelle de France arrivant sur le marché.
Mais à trop s'être "fait la cerise", certains anciens pauvres en avaient oublié le sens des solidarités paysannes lorsqu'en mai 43, la préfecture des P-O décréta une taxe exorbitante.
Au milieu du désordre et des bagarres, des hommes, souvent proches de la Résistance, eurent l'audace de créer une coopérative. En pleines heures sombres et dans une si petite ville, qui a compté jusqu'à six clubs de rugby, c'était gonflé !
Soixante-six ans après, Jacques Arnaudiès préside avec bonhomie et conviction la seule structure collective de la cerise de Céret. « On n'a jamais pu se mettre d'accord. Certains sont anti-coopé à vie » déplore-t-il, fataliste.
Son principal souci est autre : « Dans les années 60, on produisait jusqu'à 3 800 t, dont 1 600 à la coopé. Aujourd'hui, on plafonne à 400 t tous ensemble... »
Tandis que le produit reste prisé des consommateurs - ils déboursent jusqu'à 16 € le kilo en début de récolte et 4 € en moyenne - les causes du déclin sont multiples.
Au coût de la main d'oeuvre, s'ajoute le non renouvellement des générations de cultivateurs et une forte pression sur le foncier dans une région très touristique. « Si on lâche encore la bride de l'immobilier, ce sera la fin de la cerise » redoute l'historien local, terrorisé à l'idée de ne plus voir Céret à la floraison des cerisiers avec les yeux du poète Déodat de Séverac : « Lorsqu'il semble qu'une neige de printemps / a laissé sur la ville et sur la campagne / une féerie de cristaux et de fleurs de glace ».