Odysseum: un géant à Montpellier

Publié le par Yvon Bertrand

 




Odysseum, un géant de la société de consommation qui prend forme à l'entrée de Montpellier, à deux pas de l'autoroute A9.

Décriée par les uns, plébiscitée par les autres, cette cité du loisir s'apprête à changer de dimension. Déjà fréquentée par plusieurs millions de visiteurs chaque année, Odysseum met la dernière main à sa première extension. Avec l'ouverture d'un centre commercial, intégrant un Géant Casino, en septembre. De 1 000, le nombre d'emplois sur place doit passer à 3 000.
Ce qui en fera une véritable cité du ludique et du commercial, première et seule du genre sur le continent européen.
Cela fait déjà beaucoup. Mais ce n'est qu'un début. Car les futures attractions seront ébouriffantes, promet-on. Tournée du proprio
.


Historique

 

A l'origine, ces hectares de garrigues devaient juste recevoir des commerces et des hôtels.

 Il était à l'époque question de créer un "centre directionnel régional", c'est-à- dire 35 000 m2 de surfaces de vente, qui suscitèrent alors une belle levée de boucliers.
 C'était en 1991 ; le projet fut stoppé et, depuis, les mêmes terrains, ou presque, ont été recouverts de larges avenues piétonnes, bordées de palmiers, desservant cinéma de 17 salles, patinoire, aquarium, bowling-karting d'intérieur, planétarium, salle de "grimpe", restaurants... Bref, un projet complètement revisité et baptisé Odysseum, une vaste « zone ludico-commerciale » créée par l'agglo de Montpellier.

A première vue, un immense parc d'attractions ; une sorte de cité des loisirs, qu'il n'est toujours pas aisé à résumer d'un trait : en effet, le concept n'a toujours pas été qualifié par le dictionnaire de la langue française.
 « Un site comme Odysseum, il n'y en a aucun sur le continent européen », confirme Jean-Marie Raymond, le patron du premier groupe français de bowlings, qui a tout de suite misé sur la zone.

Odysseum est donc un site d'un genre nouveau, qu'imaginèrent Georges Frêche, alors maire de Montpellier et président du district de Montpellier, et Raymond Dugrand, son adjoint à l'urbanisme, au retour d'un séjour à Orlando, en Floride. C'est ainsi qu'en août 1998, quelques mois après l'installation du multiplexe de la Gaumont sur la zone, et après le lancement de plusieurs chantiers, le projet fut officiellement présenté.
« Tout est mis en oeuvre pour faire d'Odysseum un village ludique exceptionnel pour les Montpelliérains, qui attirera par ailleurs de nombreux touristes... », écrivait alors Frêche en préface du dossier.

Onze ans plus tard, que l'on aime ou pas, force est de constater que le pari est tenu.
Vingt-six établissements sont installés sur la zone. Aux douze équipements ludiques ou culturels s'ajoutent un hôtel-résidence, douze restaurants, Ikea, Decathlon... De plus, un centre commercial, regroupant 96 boutiques , plus un Géant Casino, sera inauguré le 23 septembre. Et ce n'est qu'un début .


Interview de Georges Frêche

Comment ça vous a pris, cette idée de créer un complexe mêlant ludique et commercial ?


Odysseum, c'est une conception Frêche-Dugrand (1). Qui a germé après un voyage à Orlando où est installé Disneyworld. "Pourquoi ne pas faire un ensemble ludique et commercial ?" m'a lancé Dugrand . Alors, on s'y est mis. A l'époque, les détracteurs parlaient de projet futile.

Vous cherchiez quoi, exactement ?

Odysseum, c'est lié à ma personnalité. Je suis un homme d'innovation. Avec le quartier Antigone, on a fait une copie du style grec. J'ai eu mes détracteurs. Avec Odysseum, nous copions cette fois la Floride. Sur ce projet, j'ai toujours

eu l'opinion publique avec moi. Mais si les "bobos" ne veulent pas y aller, je ne les oblige pas. Il y a aussi le festival Radio France, Montpellier Danse...

L'idée date de 1998 et la première tranche d'Odysseum est tout juste en cours d'achèvement. Pourquoi tant de temps ?
La chambre de commerce nous a bloqués pendant cinq ou six années. Nous avons donc passé un accord, ce qui nous a permis de démarrer. Odysseum 1 sera terminé à 95 % en septembre, avec l'ouverture de plus de 90 magasins, dont l'offre sera complémentaire du centre-ville. Ça m'aura pris plus de dix ans, mais ça aura été formidable.


Et l'aquarium Mare Nostrum ? Les uns disent que ça marche, d'autres que non. Qu'en est-il réellement ?
Sur l'aquarium, on est au milieu du gué. Il n'est pas fini. La première extension démarre. Ce sera une salle d'exposition temporaire de poissons qui ne sont pas encore présentés à Mare Nostrum. Ça n'existe pas. C'est un concept que j'ai inventé. Après, on doublera l'aquarium. Quand tout sera terminé en 2015, ce sera le plus grand d'Europe.

Les commerçants installés à Odysseum sont plutôt satisfaits. Et vous ?
Je n'aurais jamais pensé à un tel succès. Tant mieux.


L'Avenir
 
 A regarder de près les projets étudiés, la fréquentation d'Odysseum risque fort d'augmenter, et considérablement, s'ils se réalisent tous.

Il y a bien sûr le projet d'installation d'un Village des marques, porté par Marques Avenue. L'annonce de cette implantation, créatrice de 360 emplois, a été faite le 26 mars dernier. Elle comprend l'installation de 86 magasins, sur 18 000 m 2 .

 

 L'ouverture est prévue pour mars 2012.

Si ce complexe commercial doit normalement voir le jour sur une extension d'Odysseum, plusieurs villes de l'agglo de Montpellier sont néanmoins candidates à son accueil, sûrement au cas où...

Après l'aquarium Mare Nostrum qui va s'agrandir, sont envisagées deux nouvelles attractions. La première n'est rien d'autre qu'une vague permanente, qui pourra
accueillir les surfeurs. Cette vague artificielle - reproduction exacte de sa plus mythique consoeur du Pacifique, dit-on à l'agglo - sera générée dans un bassin adapté. « Ça coûtera bien moins cher que d'aller à Hawaï », observe Georges Frêche, le président de l'agglo de Montpellier. Le projet est porté par une société baptisée Vague et Vent ; il est toujours en négociation.

Seconde attraction annoncée : un simulateur de sauts en parachute, de chute libre en fait. Le concept s'amarre à une sorte de tuyau à l'intérieur duquel est reproduite la sensation d'apesanteur. Séduisant, non ? Mais, aux dernières nouvelles, qui dataient d'avril, le porteur du projet peinait à réunir l'argent nécessaire.

L'agglo de Montpellier veut également développer l'offre en matière de restauration. Trois nouveaux établissements, dont un japonais et une crêperie "à la française", négocient leur venue.

Ensuite, dans le prolongement d'Ikea qui étend ses surfaces, les frères Jacques et Laurent Pourcel, créateurs du restaurant étoilé Le Jardin des Sens à Montpellier, préparent l'installation d'un complexe hôtel - restaurant de luxe. Sur cette future extension qui les accueillera, est également prévue l'ouverture d'un casino. Pour cet établissement de jeux, les négociations ne sont pas encore engagées.

Enfin, si les chantiers continueront de fleurir sur Odysseum, il y en aura aussi beaucoup autour. Car l'agglomération de Montpellier envisage de créer un quartier d'affaires sur le secteur de la future gare TGV. En clair, autant de projets qui auront à tout coup un impact sur la fréquentation d'Odysseum.

L'escalade, une discipline sportive, réputée difficile, élitiste. Voilà pourquoi Altissimo, une société à la tête de plusieurs salles de grimpe, s'est intéressée à Odysseum. « D'être ici, cela permettra de populariser ce sport auprès du grand public, en montrant que cette discipline, contrairement à l'image qu'elle a, est à la portée de tous. Elle n'est pas intouchable », explique Lionel Fossard, le responsable du lieu.

Altissimo est arrivée en août 2008. Là aussi, le pari n'était pas gagné. Mais, pour le relever, Altissimo a adapté les voies de "grimpe" à un public plus familial que dans ses autres salles.

En prime, la société offre le
spectacle : une baie vitrée, en façade, permet aux passants de suivre de l'extérieur l'évolution des grimpeurs sur les murs. Beaucoup d'entre eux s'arrêtent, certains franchissent même le pas en allant se renseigner sur le prix des initiations.

Pour Lionel Fossard, l'objectif est pour le moment atteint : « Depuis le 1 er janvier, nous avons fait 13 700 entrées. C'est autant que nos deux salles toulousaines. Nous sommes satisfaits de l'activité. » Côté cours individuels, même succès : la salle d'Odysseum en donne, au total, une vingtaine par semaine. Si ce chiffre paraît peu élevé, c'est pourtant ici que « la demande est la plus forte », ajoute le responsable du site. Des enfants de 6 à 10 ans sont également accueillis.

Altissimo mise donc beaucoup sur cette nouvelle salle. Des journées portes ouvertes seront organisées samedi prochain. « Nous ferons découvrir gratuitement l'escalade », précise Lionel Fossard, pour qui « Odysseum risque de devenir rapidement l'un des grands pôles d'activité du soir pour les touristes ». Mais pas qu'eux.

Daniel Paulard dirige le multiplexe Gaumont

« Quand nous
nous sommes installés, ici c'était de la garrigue. » Selon Daniel Paulard, le directeur du multiplexe Gaumont, son groupe osait tout juste y croire à l'époque. Pensez donc : créer un complexe de 17 salles en 1998, au milieu de pas grand-chose, près de Montpellier, le pari était d'autant plus risqué que les cinéphiles commençaient tout juste à découvrir le concept des multiplexes.

Pour rentabiliser l'investissement, la Gaumont avait prévu qu'il lui fallait faire un million d'entrées par an dans ses nouvelles salles. « Ça n'était pas gagné », rappelle Daniel Paulard.

Très vite, pourtant, son groupe fut rassuré. « Dès les premières années, nous avons
atteint nos objectifs . L'an dernier, la fréquentation a été de 1 180 000 entrées », ajoute son directeur.

Aujourd'hui, la Gaumont ne regrette donc pas son investissement. La zone d'attraction de son multiplexe a un rayon de 50 km.

Mieux : Odysseum devient un lieu de sortie des estivants. « Cela fait deux étés de suite que nous voyons arriver les touristes du littoral », souligne Daniel Paulard.

Résultat : les 800 places de parking du Gaumont ne suffisent plus. 160 stationnements supplémentaires seront créés d'ici fin juillet, dans le nouveau parking qui voit le jour près du cinéma.

Une bonne chose aux yeux de Daniel Paulard. Car, Odysseum attirera selon lui de plus en plus de monde : « La partie commerciale sera le moteur d'une nouvelle clientèle », pronostique-t-il. Il réfléchit donc à ouvrir plus souvent le matin. Ce qu'il fait déjà le dimanche, en programmant des séances à 10 h 30.

En attendant, après onze ans de présence de son multiplexe sur place, Daniel Paulard en est convaincu :

 « Odysseum n'a pas d'équivalent en Europe. »


 

 

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Publié dans Economie Locale

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