La Méditerranée est la mer la plus menacée au monde

Publié le par Yvon Bertrand

D.R Midi Libre

 

Les conclusions d’une étude mondiale, Census Marine Life, ont été rendues hier.

Selon les 360 savants qui ont recensé la vie dans les mers et océans pendant 10 ans, « les impacts des activités humaines sont proportionnellement plus importants en Méditerranée que dans les autres mers du monde ».

En cause, la dégradation des habitats, la surpêche, l’augmentation des espèces invasives favorisée par le réchauffement climatique…

Conscient de cette situation, le Languedoc- Roussillon a lancé un schéma régional de la biodiversité pour préserver les espaces naturels, y compris marins. Cette partie du littoral est d’une grande richesse.

La faune et flore de Méditerranée, parmi les plus riches au monde, sont aussi les plus menacées. C’est le constat d’une étude rendue publique hier.

Cette mer est l'une des plus étudiées au monde mais le recensement de la vie marine y a toujours été sous-évalué. De 8 000 à 12 000 précédemment, le rapport propose 17 000 espèces. Et bien d'autres restent à découvrir, indique le rapport, publié dans la revue scientifique en ligne, Plos One. « Je me sens comme Diderot. C’est comme si nous publiions les premiers volumes de l’Encyclopédie », jubile Jesse Ausubel, cofondateur du projet. 

« Les impacts des activités humaines sont proportionnellement plus importants en Méditerranée que dans les autres mers du monde », peut-on lire dans son rapport.

L'explication ? C’est une région habitée depuis des millénaires et c’est une mer quasiment fermée.

Les mammifères marins, comme les cachalots et les dauphins, ont déjà payé un lourd tribut. Et certaines espèces emblématiques, comme le phoque moine de Méditerranée, ont quasiment disparu. Parmi la liste de menaces, « la dégradation et la perte de l'habitat est la plus répandue aujourd'hui », écrivent les experts, citant comme causes « le développement des côtes » du bassin méditerranéen ou encore la pollution.

La surpêche est la seconde menace pour la biodiversité, et devrait croître encore dans les dix prochaines années, indique encore le rapport.

Mais la particularité de la Méditerranée est la présence particulièrement importante d'espèces invasives, « un facteur crucial qui va continuer à modifier la biodiversité ».

Venues d'autres mers, elles sont estimées à plus de 600, soit près de 4 % du total des espèces recensées.

Ces espèces exogènes sont arrivées via les eaux de ballast par le canal de Suez, mais aussi le détroit de Gibraltar. Et le rapport de rappeler par exemple que « la dispersion de la Mnemiopsis Leidyi (méduse américaine), depuis Israël jusqu'à l'Espagne en 2009, a provoqué de grandes inquiétudes en raison de son impact sur les écosystèmes et zones de pêche ».

Une mer plus chaude va attirer de nouvelles espèces tropicales, et leurs populations déjà présentes en Méditerranée vont migrer vers de nouvelles zones, qui pour l'heure ne leur sont pas favorables, selon le rapport, qui décrit un phénomène de "tropicalisation".

C’est sans aucun doute « une menace » pour la biodiversité, mais aussi une nouvelle richesse dans certaines zones, précisent les experts. Mais « de manière générale, l'établissement d'espèces exogènes d'origine tropicale pourrait entraîner la perte du caractère particulier des communautés méditerranéennes ».

Et les chercheurs de conclure qu'il est « nécessaire de développer une vaste analyse des initiatives à prendre en matière de conservation, pour préserver la biodiversité méditerranéenne », ajoutant que cette mer peut devenir « un modèle pour les océans du monde ».

Barracuda, algues, poisson lapin, ver…

 
Même un poisson exotique a besoin de fraîcheur. Surtout depuis que le réchauffement climatique est à l’œuvre. Prenez les voraces barracudas. Depuis quelques années, ces prédateurs appréciant anchois et autres pélagiques frayent dans les eaux de Méditerranée occidentale.

Alors que jusque-là, ils hantaient les côtes du Maghreb. Idem pour les belles sérioles, typique des eaux chaudes, que l’on aperçoit encore rarement près des côtes françaises. Les scientifiques surveillent aussi de nombreuses espèces de mer Rouge qui entrent par le canal de Suez, à l’instar du poisson lapin (qui broute des algues) espèce pourtant endémique dans le Pacifique et qui a été observé pour la première fois en 2008 en Méditerranée occidentale.

« Dans l’ensemble, la biodiversité augmente en Méditerranée. Pour l’instant, aucune espèce n’en a chassé une autre », indique Henri Farrugio, halieute à l’Ifremer Sète.

Même observation de Thierry Logier, directeur-adjoint d’Ifremer Sète.

Prenant exemple sur l’étang de Thau, biotope unique de 7 500 hectares, entre Sète et Mèze (Hérault), le scientifique explique : « On compte une cinquantaine d’algues dites invasives mais elles ne posent pas de problème écologique. Elles ont même enrichi la biodiversité du milieu. »

Certes, s’il y avait une évolution climatique, l’une d’elles pourrait prendre le pouvoir. Mais, pour l’heure, assure Thierry Logier, « l’équilibre est robuste »

Quelque 58 espèces ont été introduites dans l’étang de Thau sur 197 espèces répertoriées, soit un bon quart ! Ces espèces arrivent essentiellement d'Asie - comme l’envahissante sargasse - importées accidentellement depuis les années 1970, en même temps que les huîtres japonaises.

Hors étang de Thau, parmi les espèces nuisibles, il y a un remarquable ver marin qui s’est tout de suite plu dans nos contrées lagunaires depuis près d’un siècle : le cascails.

Vivant en colonies, il produit un récif calcaire gênant la navigation, participant du comblement des étangs et à l’asphyxie des eaux. On le trouve dans des lieux passablement dégradés où il aime à proliférer (étangs de l’Or, du Méjean, du Campignol, près de Narbonne, ou à Canet…) Pour s’en débarrasser, il suffit d’améliorer la qualité des eaux.

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Publié dans Cadre de vie

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