Claude Chabrol : un très jovial metteur en scène de la cruauté...

Publié le par Yvon Bertrand

© Midi Libre

 

Le cinéaste Claude Chabrol est mort hier à l’âge de 80 ans, laissant derrière lui plus de quatre-vingts films.

Claude Chabrol croquait, à travers une œuvre prolifique, les travers de la bourgeoisie de province avec la même gourmandise qu'il mettait à en savourer la cuisine. 

Le visage rond caché par de larges lunettes, qu'il abandonnera en 1995 après une opération de la cataracte, cet amateur de bonne chère était l'un des réalisateurs français les plus populaires, connu pour son humour noir et son goût de l'autodérision. 

Son œuvre (environ soixante films pour le cinéma et une vingtaine pour la télévision) avait été couronnée par le prix René-Clair de l'Académie française en 2005 et le Grand prix 2010 des auteurs et compositeurs dramatiques. 

Chabrol a été révélé au grand public dès son premier film, Le Beau Serge (1958, prix Jean-Vigo et Grand prix du Festival de Locarno), devenant un des porte-drapeaux, avec François Truffaut et Jean-Luc Godard, de la Nouvelle Vague.  Fumeur de pipe (et de cigares), il cachait, derrière une apparente bonhomie, un certain plaisir à montrer la cruauté.

« À partir d'une certaine monstruosité, les gens préfèrent ne pas penser que c'est possible, c'est là que mon travail commence », déclarait-il sans se départir d'un sourire malicieux.

Il s'était imposé comme une sorte de moraliste capable de transformer un simple fait divers en un conte féroce où se révélaient les aspects les plus sombres des hommes. 

« Mon goût pour le polar remonte à l'enfance, expliquait-il, quand je lisais Agatha Christie. Un mauvais polar vaut toujours mieux qu'un autre mauvais film ».  « Normal, parce qu'il touche à des questions graves, la vie, la mort, le bien, le mal, mais sans aucune prétention. J'utilise le cadavre comme d'autres utilisent le gag », ajoutait celui qui a dressé un portrait particulièrement corrosif de la France des années 70. 

Né le 24 juin 1930 à Paris, Claude Chabrol est issu de la moyenne bourgeoisie. Son père est pharmacien. Il quitte Paris durant la guerre pour se réfugier à Sardent, dans la Creuse.

Élève modèle - licencié en lettres et en droit (dans la même promotion que Jean-Marie Le Pen) - il décourage pourtant ses parents, qui désirent le voir reprendre l'officine paternelle, en quadruplant sa première année de pharmacie. 

Passionné de cinéma, il devient critique dans des revues spécialisées puis dans les célèbres Cahiers du cinéma. Attiré par Alfred Hitchcock, il publie en 1957 un ouvrage, avec Éric Rohmer, sur l'auteur de Psychose.

Il partage avec le maître anglais la même ironie, le même attrait pour l'horreur et y ajoute sa subtile et amère analyse sur la vanité des hommes, en particulier celle de la bourgeoisie. 

Boulimique de la pellicule, il va alors tourner film sur film à la cadence moyenne d'un par an.

Il signe de grandes œuvres, comme Le Boucher (1970), Les Noces rouges (1973), Violette Nozière (1977), La Cérémonie (1995), alternant films parisiens et films provinciaux où, selon lui, plus qu'à Paris, la nature humaine apparaît plus nettement. 

Producteur, acteur, dialoguiste, il avait réalisé également des œuvres historiques (L'Œil de Vichy, 1993) et avait été conteur d'histoires à frémir debout sur Radio France. Marié trois fois, Claude Chabrol était père de quatre enfants. 

 

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