1859-2010 :Tout sur les arènes biterroises.

Publié le par Yvon Bertrand

   

Combien la ville de Béziers a-t-elle connu d'arènes ?

 

Beaucoup de Biterrois, certainement, seraient bien embarrassés pour répondre à cette question.

A l'exception, bien sûr, d'une phalange d'aficionados.

 

Réponse : cinq arènes ont jalonné, avec des fortunes diverses, la longue histoire de la tauromachie dans notre ville.

 

Tout commence au printemps de l'année 1859 lorsque la municipalité décide de renouer avec la Fête de Caritats, des festivités remontant au V ème siècle et qui avaient étinterrompues depuis une vingtaine d'années.

Cette antique tradition populaire, on va la remettre à l'honneur avec d'innombrables réjouissances  dont le sommet sera une course de taureaux, « spectacle tout à fait  inconnu parmi nous » tient-on à préciser.

Pour ce faire, on édifie sur le  Champ de Mars un énorme cirque de bois pouvant recevoir dix mille spectateurs, soit le tiers de la population de Béziers à cette époque.

Et c'est là que se déroule, le 1 er juin 1859 à quatre heures de l'après-midi, la toute première corrida de l'histoire de Béziers.

 Des matadors, « venus exprès de Madrid », la chronique n'a pas retenu les noms.

Ce que l'on sait, c'est que les toros ne furent pas fameux : « On aurait dit de vrais agneaux, timides et pacifiques », rapporte le journal local. Qui ajoute : « Pauvres taureaux ! Insultés, bafoués pendant vôtre vie, vous n'avez rien valu à votre mort. On dit que vos beefsteaks furent détestables ! »

Ce que l'on sait aussi, c'est que les Biterrois n'ont guère apprécié ce tout premier spectacle taurin donné en leur bonne ville. Le cirque de bois du Champ de Mars ne verra pas d'autres corridas. On ne sait d'ailleurs pas ce qu'il est devenu par la suite.

Il faudra attendre près de vingt ans pour que se renouvelle cette expérience tauromachique qui sera aussi catastrophique. Cela se passe

en août 1877 à l'occasion d'un grand concours de musique. Des arènes de planches sont élevées dans un secteur formé par l'avenue Foch, la

rue de Ceux d'Argelliers et la rue Dessales.

C'est là, dans une impasse privée, l'impasse Benêt, qu'aura lieu la course de taureaux tant attendue

 

Quelle déception ! Cinq « vaches maigres », selon les témoins de l'époque, affrontent des toréadors sur lesquels on ignore tout.

Mais il se passera tout de même une chose dont vont bien rire les Biterrois : l'une de ces vaches traverse la cloison de planches des arènes, s'élance dans les rues de la ville poursuivie par les gendarmes et finit sa course à Maraussan où elle est enfin rattrapée ! On avait eu chaud !

Le terrible phyloxéra, qui s'abat sur Béziers en cette année 1877, met un terme aux festivités et aux courses de taureaux. Les arènes du terrain Benêt, à l'abandon, se désagrègent peu à peu et disparaissent dans l'indifférence générale.

Amusements publics...

Les choses sérieuses vont commencer, cinq ans plus tard, avec les troisièmes arènes, celles dites du Quartier de l'Abattoir. Situées dans lsecteur des actuelles rues Argence et Sergent-Bobillot, non loin de la gare du chemin de fer et de l'abattoir de l'époque, elles vont s'élever dans une zone alors libre d'habitations.

C'est un « entrepreneur d'amusements publics », un certain M. Limoges, qui est à l'origine de l'initiative. Le Cirque”, comme on l'appelle alors, contient 5 000 places.

Il est toujours fait de planches.

Lors de la course d'inauguration, le 9 juillet 1882, la foule est considérable, le succès immense. On ovationne le héros de la journée, un novillero débutant nommé Don Luis Mazzantini, qui deviendra plus tard un célèbre matador.

 

L'enthousiasme est désormais au rendez-vous. En quatre temporadas, de 1882 à 1885, près d'une centaine de spectales taurins

sont donnés. Mais l'un de ceux-ci provoque une émeute.

Rendue un jour furieuse par la présentation « de mauvaix petits taureaux », la foule s'insurge et démonte les planches des arènes qui sont lancées au milieu de la piste.

Le ”Cirque” se met à trembler dangereusement, on l'évacue d'urgence !

La course inaugurale

Les arènes du quartier de l'Abattoir sont détruites en 1886 sur ordre de la municipalité qui entend procéder dans ce quartier à des travaux d'urbanisme.

Mais l'esprit aficion venait de naître et les Biterrois, qui sont obligés d'aller jusqu'à Nîmes pour assister à ces corridas auxquelles ils

ont pris le goût, réclament à grand cris de nouvelles arènes. Satisfactionva leur être donnée. Deux entrepreneurs de Beaucaire, intéressés par la place de Béziers, obtiennent de la municipalité l'autorisation de construire un hipprodrome tauromachique.

Ce seront, toujours en bois les Arènes du Terrain Palazy, un emplacement délimité de nos jours par les rues Pasteur, Ernest-Renan et André- Chénier.

Cinq mille personnes assistent, le 2 juillet 1893, à la grande course de taureaux inaugurale. Mais l'existence de ces arènes

s'inscrivent, au plan national et régional, dans un contexte agité : un mouvement anti-corrida se développe et le Ministre

de l'Intérieur interdit les courses de taureaux avec mise à mort. Un interdit qui provoque une levée de boucliers chez les

aficionados.

A Béziers, le maire, Alphonse Mas, entend faire respecter la loi et les arènes sont fermées. Pas pour longtemps, car le premier magistrat, voyant que les mises à mort se poursuivaient à Nîmes, revient bientôt sur sa décision. Et une grande corrida est annoncée pour le 6 septembre 1896.

Elle n'aura pas lieu : dans la nuit du 5 au 6, à quatre heures du matin, les arènes du Terrain Palazy, dévorées par un incendie

criminel, s'envolent en fumée. Les anti-corrida n'y sont pour rien. L'incendiaire, bien connu des Biterrois, est arrêté :

c'était un simple d'esprit dont la passion était de jouer avec le feu !

Enfin du solide, du sérieux !

Les aficionados Biterrois en ont assez de ces amphithéâtres de planches qui naissent et disparaissent aussi vite qu'ils ont

vécus. Ils veulent du solide, du sérieux. Ils veulent en finir avec l'amateurisme. Satisfaction va leur être donnée.

Une nouvelle arène - la cinquième - va voir rapidement le jour sur l'avenue de Bessan, au lieu-dit ”Plateau de Valras”, une zone promise à un fort développement urbain. Ce sera une plaza en pierres et en briques élevée par des professionnels.

Le 18 janvier 1897 s'ouvre le chantier qui emploie 250 ouvriers, maçons, tailleurs de pierres, terrassiers, charpentiers. Les Biterrois sont bientôt conviés à une journée ”portes ouvertes” pour juger de l'état des travaux : les visiteurs sont, selon la presse locale, émerveillés.

Tout va très vite, et le 11 juillet 1897 a lieu la corrida d'inauguration avec les toros du marquis marquis Enrique de Salamanque pour Antonio Reverte et José Garcia, deux toreros alors réputés. Cette ”grande première” du Plateau de Valras se déroule dans des arènes ne qui ne sont pas encore achevées.

Elles ne le seront qu'en 1905, offrant alors 13 500 places « toutes numérotées et permettant de partout une visibilité

complète du ruedo », s'enthousiasme la presse locale.

Ici, dans un amphithéâtre pouvant à présent défier les outrages des ans et des intempéries, vont désormais combattre les matadors les plus

prestigieux face aux élevages les plus réputés. L'art tauromachique prend son envol : bientôt la plaza de Béziers sera consacrée comme l'un

des centres majeurs de la tauromachie française.

Telle est la longue histoire des arènes de Béziers.

Ces arènes qui trouvent leur raison d'être chaque été au coeur de la grande Feria dont elles sont l'âme.

 

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Publié dans Tauromachie

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