Sauver les platanes du Canal du Midi grâce au mécénat..
La ministre a planté à Trèbes (Aude) tout près de Carcassonne le premier platanor, une variété résistante au champignon tueur, le chancre coloré, qui ravage les bords du canal depuis plusieurs années, et qui contraint désormais à abattre 4 000 arbres par an sur un total de 42 000 entre Toulouse et Agde (Hérault).
Elle a fait appel jeudi 24 novembre à « une grande mobilisation pour sauver le Canal du Midi », ouvrage classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Elle s'est déclarée convaincue que « les experts de l'Unesco seront sensibles à ces efforts » et a estimé qu'aucun déclassement n'était à craindre.
A Trèbes, près de 200 platanors vont être plantés dans les prochains jours, pour remplacer les platanes abattus il y a un an. La deuxième replantation devrait avoir lieu en décembre à quelques kilomètres de Trèbes, à Villedubert, où ont eu lieu les premiers abattages d'arbres malades, avec du tilleul argenté cette fois. Le chancre coloré, venu des Etats-Unis dans les caisses d'armes des soldats américains durant la 2e guerre mondiale, a déjà fait des ravages dans l'Aude et l'Hérault.
Pas de remède contre la maladie
Depuis 2006, 1 000 arbres environ ont été abattus, toujours en hiver, mais la progression inexorable est de plus en plus rapide, et Voies navigables de France, qui gère le Canal, a décidé d'accélérer les abattages. « Nous voulons nous mettre en situation, en concluant de nouveaux marchés avec les entreprises, de pouvoir abattre 4 000 arbres par an à partir de 2013, il faut changer de braquet car la maladie progresse plus vite que nous », a indiqué jeudi 24 novembre Jacques Noisette, responsable de la communication de VNF sud-ouest.
« Il n'y a pas actuellement de programme d'abattage pour les 42 000 platanes du Canal, d'autant qu'aucun platane n'est touché entre Toulouse et l'entrée dans l'Aude à Castelnaudary, mais à terme, on peut arriver à ce total, car on ne sait pas comment arrêter la maladie, qui progresse dans l'eau et par les blessures infligées aux arbres par l'amarrage des bateaux », a-t-il précisé.
Selon Emilie Collet, chargée de l'environnement à VNF, plusieurs centaines d'arbres devraient être abattus d'ici au printemps 2012 principalement dans les environs de Béziers et de manière plus ponctuelle entre Carcassonne et la Méditerranée. La ministre a expliqué son appel au mécénat en déclarant : « Il faut associer toute les bonnes volontés pour sauver le canal et en outre il y a des difficultés budgétaires ».
Le coût de l'abattage s'élève à 200 millions d'euros
« L'idée est de proposer aux grandes entreprises de prendre un bief complet (espace entre deux écluses) pour la replantation, cela associera leur image à un espace bien identifié », a expliqué la ministre.
Elle a souligné qu'une « association des amis du Canal du Midi pourrait être présentée avec les premières grandes entreprises membres au début du printemps ».
Les collectivités sont pressées de régler 30% des 200 millions d'euros du programme d'abattage et de replantation prévu sur dix ans. Les régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées ont dénoncé le faible engagement de l'Etat, propriétaire du Canal du Midi.
Quant aux particuliers, ils auront « un ticket d'entrée peu élevé, et grâce à la géolocalisation chacun saura quel est (l')arbre » qu'ils auront financé.
Le logo de cette opération grand public devrait être choisi dans les prochaines semaines, et chacun pourra se procurer des autocollants ou des diplômes en fonction de son engagement.
Mobilisation pour le canal
"C’est un grand malheur, a-t-il poursuivi, et je vais demander à Frédéric Lefebvre (secrétaire d’État) et Nathalie Kosciusko-Morizet (ministre de l’Écologie) de vous recevoir pour voir comment nous pouvons nous associer à vous pour sauver ce patrimoine exceptionnel", a poursuivi le président.
"Ça me touche beaucoup, ça fait partie de notre patrimoine. (...) Il faut travailler ensemble à la pérennité de quelque chose qui est exceptionnel (...) Sur le canal du Midi, je serai à vos côtés", a encore affirmé Nicolas Sarkozy.
"90 % sont déjà contaminés", estime le spécialiste André Vigouroux. "Depuis 2006, et probablement même avant, des débris infectieux tombent dans le canal."
Cet ancien chercheur de l’Inra se dit même "surpris qu’il n’y ait pas plus d’arbres malades actuellement".
La vitesse de propagation du fléau, qui tue les platanes en trois à cinq ans, a conduit les pouvoirs publics à prendre des mesures drastiques. En 2013, la moyenne annuelle d’abattage atteindra probablement 4 000 arbres et les 42 000 platanes actuels auront disparu d’ici une quinzaine d’années.
Deux programmes de replantation sont déjà prévus à l’hiver prochain dans les secteurs les plus touchés de l’Aude : Villedubert qui sera replanté en frênes, et Trèbes qui le sera en “platanors”, un hybride résistant
Car l’idée, c’est de varier les essences, souligne Jacques Noisette, de Voies Navigables de France (VNF), gestionnaire de l’ouvrage. "Il s’agit d’éviter de remettre une seule variété parce que le jour où il y aura une maladie, ça retombera comme un château de cartes."
VNF estime le coût total des opérations à 200 millions d’euros. Leur financement reste à déterminer.
D’après un document préfectoral, certains principes conformes aux "valeurs universelles" ayant conduit l’Unesco au classement du canal en 1996, ont déjà été retenus : alignement symétrique de fûts à intervalles de sept à huit mètres et recours à des arbres de "haute tige" et "d’ombre agréable".
Dans l’Aude , la ministre de l’Écologie a lancé un appel aux entreprises et aux particuliers pour financer les travaux.
Le dossier a tout de l’urgence.
D’ici 15 à 20 ans, les 42 000 platanes du canal du Midi auront succombé aux assauts du chancre coloré. Le constat de "désastre patrimonial, qui pourrait déboucher sur un désastre économique", pointé par Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Écologie , fait l’unanimité. Logique, en songeant aux 122 M€ de retombées et aux 2 000 emplois directs que génère l’ouvrage.
Mais quelques heures avant la symbolique replantation des platanes par NKM, sur le pont de La Naïade, péniche affrétée par Voies Navigables de France (VNF) pour une balade fluviale, les élus ne mâchent pas leurs mots. En tête, la répartition des 200 M€ de la campagne d’abattage et de replantation : un tiers de l’État, un tiers de mécénat, un tiers des collectivités territoriales.
Agnès Jullian, vice-présidente de la Région, ne se prive pas de rappeler que la visite de Nicolas Sarkozy, en juillet dernier à Agde, "laissait attendre un effort plus conséquent de l’État". André Viola, président du conseil général de l’Aude, trouve "savoureux d’être sollicité par l’État sur la question du tourisme, alors qu’il voulait nous empêcher d’avoir des compétences dans ce domaine, il y a deux ans". Alain Tarlier, président de Carcassonne Agglo, s’insurge : "L’État est chez lui, il est gonflé d’aller mendier auprès des collectivités."
Des positions tranchées qui expliquent le laconique résumé de la ministre sur le sujet : "La part de l’État est actée, les discussions avec les Régions en cours." L’hypothèse d’une responsabilité du canal confiée aux collectivités sera aussi vite évacuée : "L’urgence, c’est de sauver le canal."
NKM sera plus prolixe sur la question du mécénat. Et appelle toutes les entreprises à apporter leur écot, en s’engageant à assurer le financement des travaux sur un bief (partie du canal entre deux écluses).
Elle vise les "entreprises régionales qui se sentent concernées par ce patrimoine", ou encore aux "sociétés qui vivent du canal. C’est marquer son engagement, le rendre visible". Les biefs pourraient être rebaptisés du nom des généreux donateurs. Un “naming” jusqu’alors plutôt vu dans les stades de football, mais qui pourrait se décliner aussi pour les particuliers.
Bientôt lancée, l’association Les amis du canal du Midi, "à l’image de ce qui s’était fait pour les arbres du parc de Versailles, après la tempête de 1999", permettra de regrouper ceux qui souhaitent investir. Avec un ticket d’entrée à 10 € et la possibilité de "géolocaliser" sur le site du ministère l’arbre en partie financé.
Aux côtés du mécénat des entreprises et des particuliers, la ministre de l’Écologie a évoqué une autre voie, ouverte notamment aux entreprises « du transport ».
Celle des financements innovants : pour compenser leurs émissions de carbone, certaines entreprises s’engagent à replanter des arbres en Amazonie.
Si on le fait en Amazonie, pourquoi pas sur le canal du Midi ?
