Naïs : la " Tirade des petits bossus "
Toine, un valet de ferme, est bossu, et cette infirmité lui pèse, car il aime en secret la belle Naïs, fille unique de son employeur, le père Micoulin, un vieil ours qui ne plaisante pas avec la bagatelle.
Quand Naïs rencontre Frédéric Rostaing, le fils des riches bourgeois d'Aix, dont le père Micoulin est le métayer, elle est aussitôt séduite par le beau garçon et beau parleur.

Mais cela provoque l'ire du patriarche qui les a surpris. Il décide de supprimer Frédéric pour mettre fin au déshonneur.
Quand Naïs rencontre Frédéric Rostaing, le fils des riches bourgeois d'Aix, dont le père Micoulin est le métayer, elle est aussitôt séduite par le beau garçon et beau parleur.

Mais cela provoque l'ire du patriarche qui les a surpris. Il décide de supprimer Frédéric pour mettre fin au déshonneur.
Heureusement, Toine veille sur eux. C'est grâce à son entremise désintéressée que sera trouvée une issue heureuse au conflit, avec l'aide discrète de la Providence.
La méchanceté du père Micoulin se retourne contre lui et les parents de Frédéric, après avoir nié l'évidence, sont convaincu par Toine. Naïs part vivre à Aix avec la famille de Frédéric.
Thème principal
L’un des thèmes de Naïs est la relation conflictuelle entre un père et sa fille. Un père dur, possessif, qui peine à laisser son enfant vivre sa vie.
Ce thème, on le retrouve dans Angèle, dans La Fille du puisatier et également dans la trilogie marseillaise.
Ce refus de laisser un enfant quitter le foyer, le village, l’entreprise familiale, trouve sa source dans un monde rural qui tend à disparaître, un monde que les aînés s’efforcent de faire perdurer tant qu’ils peuvent, par tous les moyens.
Ces tourments familiaux sont l’émanation d’une société en constant progrès, en mutation, où les anciens n’ont plus leurs places.
Pagnol, en prenant fait et cause pour ces enfants et leur émancipation, s’inscrit dans la marche en avant du monde. On le sait amoureux des sciences, des nouvelles techniques, des découvertes.

Cependant, son cœur reste attaché à ces anciens laissés sur le bord du chemin, à leurs coutumes, leurs patois, leurs manières de travailler la terre, de chercher de l’eau.
C’est à l’aune du drame social qui tiraille le monde rural, que Pagnol nous permet de comprendre les colères de Micoulin, qui ne sont que des peurs mal exprimées.

Naïs partant pour la ville, c’est le monde paysan qui disparaît, l’héritage de plusieurs générations qui se perd, des villages qui tombent en ruine, des langues qui s’éteignent.
Par opposition, les riches parents de Frédéric ne s’intéressent à aucun moment au monde rural, dont ils ne sont que de lointains propriétaires.
Ces marchands, Pagnol peine à leur donner de l’épaisseur, lui que l’on sait pourtant si proche de tous ses personnages.
La tirade des petits bossus
L'une des scènes les plus touchantes du film est celle où Fernandel parle des petits bossus à la mère de Frédéric, Madame Rostaing , la voix étranglée de sanglots.
"Je vais vous dire Madame Rostaing, quand j'étais petit mes parents m'adoraient.
Et surtout ma grand mère, j'étais déjà comme je suis naturellement.
Et moi, je savais pas, enfin je veux dire je savais pas la différence qu'il y avait avec les autres.
La bosse c'est traître, ça vous vient par derrière on la voit pas.
Chez les paysans y'a pas d'armoire à glace et on se voit dans les yeux de sa mère, et naturellement on s'y voit beau.
Un jour un voisin qui était très gentil m'a dit :
"Oh le joli petit bossu !" Alors j'ai demandé à ma grand-mère : "Qu'est-ce que c'est un bossu ?"
Alors elle m'a dit: "C'est vrai que tu es un joli petit bossu parce que tu as un peu le dos rond et c'est parce que tu n'es pas comme les autres qu'on t'aime beaucoup."
Alors elle m'a chanté une vieille chanson, je me rappelle pas la musique mais les paroles ça disait comme ça : "Un rêve m'a dit une chose étrange, un secret de Dieu qu'on a jamais su.
Les petits bossus sont de petits anges, qui cachent leurs ailes sous leur pardessus. Voilà le secret des petits bossus."
C'est joli mais c'est pas vrai. Moi, j'y ai cru jusqu'à dix ans, je croyais que les ailes me poussaient.
Alors souvent, ma grand-mère, elle me chantait la chanson qui était beaucoup plus longue que ça.
Seulement les grands-mères, Madame Rostaing, c'est comme le mimosa, c'est doux et c'est frais et c'est fragile.
Un matin elle n'était plus là.
Un bossu et une grand-mère tout va bien on peut chanter.
Mais un petit bossu qui a perdu sa grand-mère, c'est un bossu tout court."
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