La "Saint-Louis " de Séte 2012 : Evangelisti grand vainqueur
| 270ème Fête de la Saint Louis, du 23 au 28 août 2012 Chaque année La Saint Louis est le rendez-vous tant attendu des jouteurs pour leur tournoi final de l’année, véritable championnat du monde dans chacune des catégories, dont celle des "lourds" qui se déroule le lundi de la Saint Louis. |
C’est également le constat qui s’imposait hier, mais pour d’autres raisons. Parce que le titan de Sète semblait ne pas avoir d’adversaire à sa mesure. Tout simplement. Seul Yohan Masclac (AJPC), durant les éliminatoires, a réussi à le faire vaciller. Il n’y en a pas eu d’autres.
Aurélien, on l’aime ou pas
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Mais ce qu’il accomplit depuis plus de dix ans est unique. Et dire le contraire serait faire preuve d’une mauvaise foi encore plus importante que son palmarès. Qui est l’un des plus beaux de l’histoire
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Cette 270e Saint-Louisaura donc sacré un champion hors normes. Mais, malgré des éliminatoires qui ont parfois manqué d’intérêt, l’après-midi ne s’est pas résumée à ça. Loin de là. Après le vibrant hommage rendu à André Lubrano et Louis Molle par leurs rameurs, le premier coup d’éclat a été signé par Dylan Garette (LAS), qui a fêté ses titres en mi-moyens et moyens en jetant Nicolas Rouvière (AJPC), avant de déposer les armes face à Olivier Soula (JLS).
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Le 2e prix junior Steven Herry se souviendra également de son premier Grand Prix. Pour le tour de piste qu’il s’est offert, bien sûr, mais surtout parce qu’il a eu l’honneur d’affronter Evangelisti. Ça n’arrive pas tous les jours à un jouteur de sa catégorie…
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Du côté des Ventres bleus de Frontignan, l’ambiance est montée d’un cran lorsque Jean-Yves Conrazier a mis la taillole, rendant ainsi hommage aux jouteurs d’antan. Mais rien à voir avec l’entrée en lice de Claude Massias, qui n’a pas déçu ses fans en signant trois coups de lance exceptionnels face à Patrick Timothée (LSP), Yannick Baëza (JLSM) et David D’Elia (APSM).
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Le Seigneur est décidément éternel…
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Mais lors d’un Grand Prix, il n’y a pas que des champions. Il y a surtout des hommes, dont la valeur ne se mesure pas au nombre de victoires. Parmi eux, Philippe Henri (SJF), le gardian des cabanes de Pérols, a fait ses adieux au Cadre.
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Un jouteur de l’ombre qui reçoit une ovation de 10 000 personnes, c’est aussi ça la Saint-Louis.
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Pour finir les éliminatoires, Morgan Espinosa (SJF) a marqué les esprits en jetant Maxime Molto (APSM) à l’issue d’une superbe passe, avant de régler le sort de Stéphan Petroff (AJPC), premier qualifié. Ils n’étaient donc plus que huit pour disputer les revanches. Et là, le niveau allait monter de plusieurs crans.
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Ça commençait avec le co-vainqueur des poids moyens Anthony Liguori (LAS), battu par un Fabien Rojas (LSS) dont la cicatrice sur la joue témoignait de l’intensité des combats.
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Les deux plus beaux jouteurs des éliminatoires se retrouvaient alors, pour offrir la plus belle passe de la journée à un public qui n’a rien pu faire d’autre que de hurler de plaisir. Simon Caselli (LAS) s’est en effet payé le luxe de jeter Claude Massias sur un extraordinaire coup de lance, avant de dédier ce coup de génie à son père Christian, en larmes dans la tribune officielle. Rien que pour ça, ça valait le coup d’attendre six heures sur le bord du canal.
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Evangelisti est capable de tout
Evangelisti renvoyait ensuite un très bon David Lopez (PA) à ses études, puis Jean-Louis Montels (SNJA) prenait le meilleur sur Morgan Espinosa au terme d’un âpre combat. En demi-finale, Simon Caselli commettait alors l’erreur de trop se jeter sur Fabien Rojas (LSS), et les deux combattants finissaient par rejoindre le canal.
I.
l ne restait alors plus qu’Aurélien Evangelisti et Jean-Louis Montels. Mais la finale fut expéditive, la montagne sétoise étant impossible à gravir. Le défi que la plupart des observateurs pensait impossible, à savoir rejoindre Mouton et ses dix Saint-Louis, n’était en fait pas illusoire.
Aurélien Evangelisti, qui est train d’écrire la grande histoire des joutes, est capable de tout.
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Rencontre avec le Champion
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On vous a vu fêter votre victoire au Central, très sollicité par les passants, et leurs portables…
C’est vrai que c’est nouveau, c’est lié aux nouvelles technologies. Les gens veulent partager ce moment et ça fait plaisir. En fait, c’est en permanence… J’avoue que je souris moins le lundi midi et beaucoup plus le soir, mais on se doit de répondre aux sollicitations. Sinon, on reste à la maison !
Le constat est-il le même avec les médias ?
Ça fait beaucoup… Mais je le prends comme un honneur. Il y a quinze jours, j’étais à la féria de Béziers et j’ai eu la chance de manger dans le carré des toreros. Quand Padilla arrive, tout le monde veut une photo. Ça fait partie du travail. Quand on est vainqueur de la Saint-Louis, il y a des figures imposées. Pendant un an, on est le représentant de notre discipline. Il faut assumer.
Dans quel état d’esprit étiez-vous lors de l’hommage rendu aux barreurs Lubrano et Molle ?
J’avais des frissons partout et les larmes aux yeux. Nous, les jouteurs, on n’en peut plus à ce moment-là, pendant la pause avant les revanches. On n’a qu’une envie : en découdre. Mais là, c’était extraordinaire. Et la peña qui se met à jouer
La Marseillaise ! Je me suis revu avec le maillot de l’équipe de France cadets de rugby… Pour moi, c’était plus émouvant là que lorsque j’ai levé les bras pour fêter ma victoire.
Qu’auriez-vous à leur dire ?
Bonne retraite, merci pour tout et bonne chance à Hervé Pages et Denis Vatuone. Même s’ils barrent bien, la comparaison sera toujours faite. Cela dit, Dédé et Loulou ne seront jamais loin…
Pendant longtemps, on a vu se profiler un duel avec Benjamin Arnau pour les éliminatoires…
Je ne me le suis dit qu’au moment d’embarquer. Mais j’ai dit aux autres jouteurs sur la bigue : “Vous allez voir, vous allez vous prendre entre vous. Moi, je suis sûr que je vais prendre le petit Herry”. Il était juste à côté de moi et il s’est décomposé ! Je ne sais pas pourquoi, mais je ne pensais pas à Benjamin Arnau.
Racontez-nous cette passe face au junior Steven Herry.
Je revois son père, Claude, submergé par l’émotion avant le tournoi, qui me dit : “Maintenant, je sais ce que tu vis”. Sur la passe, je passe devant leur bateau et je vois sa mère qui me dit : “Ne lui fais pas mal, s’il te plaît !”. Je l’ai respecté comme tous les jouteurs. Je me souviens de Dorian Passeron qui jette Aprile père et fils en 2008. Je ne voulais pas tomber dans le piège.
En 1994, j’ai gagné les juniors et j’ai pris Betti. Donc je sais ce qu’il a ressenti. Avant que je prenne ma retraite, je pense qu’on se retrouvera.
Auparavant, Yohan Masclac vous a posé les pires problèmes…
À la troisième, je me suis dit que je ne le jetterai pas. J’ai donc sorti la résine et je suis allé le chercher l’extérieur du pavois pour le faire décrocher. J’étais obligé d’être dans la tactique, comme l’an passé avec Yannick Baëza. Mais jamais je n’ai eu peur. C’est quand on panique qu’on fait des erreurs. C’est un peu ce que j’ai dit à Simon Caselli. Contre Massias, il s’est vidé. Il a tout donné, a dédié la passe à son père après avoir jeté les armes. Il a perdu ses moyens et est sorti du tournoi. C’est l’expérience qui lui a fait défaut. En 1999, je perds en demie face à François Bayarri et je me suis effondré. Je sais ce qu’il a ressenti. Quand on vit ça, on a l’impression que tout s’écroule…
À l’arrivée, vous n’avez eu à jeter que cinq hommes, comme lors de votre première victoire en 2001…
L’an passé, c’était la plus dure. Cette année, c’était la plus facile, en tout cas la plus rapide. Tout s’est bien goupillé. Montels, c’est le type de jouteur qui me va bien. Même si j’espérais un remake de l’an passé contre Massias. C’est un duel de champions, c’est Sète contre Frontignan et il n’a perdu que deux finales, à chaque fois contre moi. Mais l’histoire en a décidé autrement. En fait, en jetant Massias et en faisant le bouquet en demie, c’est Simon qui a fait le tournoi.
On a senti davantage de soutien du public qu’auparavant.
Ça m’a fait énormément plaisir. À la lecture de mon palmarès, le volume est nettement monté ! Et avant la finale, Olivier Rojas, David D’Elia et Christophe Bancilhon m’ont mis une pression terrible. Ils voulaient que je gagne, hystériques, chauds comme des baraques à frites !
Sur les onze derniers Grand Prix que vous avez disputés, vous en avez remporté sept.
Ça ne laisse pas beaucoup de place aux autres… Et depuis ma première victoire en 2001, un seul jouteur l’a gagné deux fois. C’est Mickaël Arnau, et on a partagé la victoire à chaque fois !
Pensez-vous au record du Mouton avec ses dix victoires ?
Quand j’ai commencé les joutes, on parlait de ce record comme un Everest, totalement inaccessible. Ça a changé depuis l’an passé. Ça reste un objectif et je prendrai ce qu’il y a à prendre. Sans me prendre la tête. Je me rappelle d’une interview de Minal en 2005, où il disait qu’on ne gagne pas cinq Tours de France avant de l’avoir couru.
En restant dans les records, vous êtes devenu lundi le deuxième jouteur le plus titré de l’histoire avec 73 victoires !
J’ai égalé Bernard Betti samedi au Grau-du-Roi en devenant champion de Ligue, puis je l’ai dépassé lundi en remportant mon 7e Grand Prix ! Jusqu’à cette limite de 70 victoires, j’avais l’impression que c’était inatteignable. Mais finalement, il ne reste plus que onze victoires pour égaler Claude Massias…
Êtes-vous conscient que vous êtes en train d’écrire l’histoire ?
Oui. Je n’en rêvais pas quand j’étais enfant mais, quand j’ai débuté les joutes, les Massias et autres Vaillé étaient des icônes. Inaccessibles…
Pensez-vous être dépassé un jour ?
Tous les records sont faits pour être battus. Il y a dix ans, personne n’imaginait que quelqu’un accrocherait les 9’’50 au 100 mètres. Personne n’y croyait et pourtant… En tout cas, ça me ferait plaisir d’être dépassé de mon vivant !
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Quelques photos...
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