Mélanger du ROUGE et du BLANC ne fait pas du ROSE....

Publié le par Yvon Bertrand


Projet Européen

Un projet européen prévoit d'autoriser dans l'Union européenne la fabrication de vin de table rosé simplement en mélangeant du vin rouge et du vin blanc, pratique déjà utilisée par les principaux concurrents de l'Europe dans le monde, en Australie ou en Afrique du Sud.

La Commission européenne vient d'annoncer qu'elle allait permettre un étiquetage spécifique "vin traditionnel" pour le rosé
français....


Changement de mode

Dans un passé pas si lointain le vin rosé, comme le roman policier en littérature, n’avait pas la côte.


 A
vouer, à un esthète du vin, son penchant pour le vin rosé en général, c’était prendre le risque de se faire taxer, d'inculture du vin aggravée.

  Aujourd’hui, la tendance s’inverse

Marché Mondial

Quelques chiffres pour bien comprendre le marché du rosé : (source civp)


Rouges et rosés étant comptabilisés ensemble dans la nomenclature douanière, il est difficile d’estimer la production mondiale de vins rosés. Elle correspondrait à 20 millions d’hectolitres par an, soit environ 7 % du volume total des vins produits dans le monde.
L’Europe constitue le premier pôle de production de vins rosés (75 %), loin devant l’Amérique (20 %) et l’Afrique du Nord (2 %).
 La France occupe la place de premier producteur mondial de vins rosés (25 %), avec plus de 5 millions d’hl, suivie de près par l’Italie et l’Espagne, dont la production approcherait respectivement les 4 millions d’hl.
Avec plus de 1 million d’hectolitres, le vignoble provençal représente ainsi 42 % de la production nationale de rosé AOC, 20% de la production française de rosés tout type et environ 9% de la production mondiale
.


Quand les impératifs du marché bousculent la tradition, le bon sens, une fois de plus, est mis de côté !
Faire du rosé en coupant du
vin blanc avec un peu de vin rouge, comme c’est simple, à faire et à penser, facile à expliquer aux nouveaux consommateurs.
Si en plus c’est la Chine qui en réclame, vite, vite, soyons les premiers à faire ce nouveaux mélange !

Petite remarque : si l’Union Européenne en vient à proposer une telle absurdité, au niveau intrinsèque du produit, cela montre bien que le marché nous échappe, à nous Européens, pourtant premier producteur et consommateur de vin !

Quelques questions

Comment fait-on le rosé ?


Non, ce n’est pas un mélange de vins blancs et de vins rouges ou encore ce n’est pas une nouvelle variété de raisins à la peau rose, très en vogue !


 Les deux méthodes de vinification en rosé portent de jolis noms :


Le rosé de pressée : A partir d’un raisin rouge ou noir, au moment de la vendange, on éclate les baies de raisins, c’est le foulage et on presse le raisin tout de suite. On récupère uniquement le jus. La méthode est donc dite de pressée puisque l’on presse directement le raisin et que l’on ne laisse pas le temps à la couleur de teinter le jus.


Le rosé de saignée : A partir de raisin noir, au moment de la vendange toujours, on éclate les baies de raisins là-aussi, mais on ne presse pas. On place les raisins dans une cuve pendant un temps limité, généralement entre 8 et 16 heures. Le jus est ensuite récupéré en bas de cuve. Les pigments ont eu suffisamment de temps pour colorer un peu les jus mais pas assez pour donner la couleur rouge. Vous comprenez pourquoi on dit qu’on le saigne.

 Un peu comme si le vin avait déjà une vie en cuve. Dans les deux méthodes, le procédé permet de varier la couleur soit, pour la première, en jouant sur le pressage du raisin, soit, pour la seconde, en jouant sur le temps de contact entre le solide et le liquide. Le vigneron peut donc tout à fait contrôler la couleur du rosé qu’il souhaite obtenir.

 Pourquoi autoriser des rosés par coupage ?

On entre de plain-pied dans l'univers des vins industriels, qui représentent 35 % du marché mondial. Uniformisation des pratiques oenologiques rime avec globalisation. Les rosés par coupage blanc-rouge répondent à cette logique. Pour lutter à armes égales avec les pays tiers, le négoce explique que ces coupages font diminuer les coûts de production et assurent une uniformité des produits.

Au fait, c'est bon  ou c'est pas bon ?

Les avis sont plutôt négatifs. « Ça ressemble à rien ! », éructe Philippe Coste. « C'est moins qualitatif que des rosés classiques », affiche Christian Paly. Enfin, l'oenologue Cyril Payon juge le résultat « aléatoire », mais n'exclut pas des « réussites »

Pourquoi la France n'a pas réagi plus tôt ?

L'autorisation de ces mélanges est inscrite dans la réforme de l'Organisation mondiale du commerce du vin adoptée en avril 2008. Fin janvier 2009, le projet de règlement attaché à cette réforme a été validé par le Comité de gestion vin de la commission. Un vote définitif est prévu le 27 avril. Ça presse ! Le problème est que la représentation française à Bruxelles (tant du côté de l'administration que de la profession) s'est montrée distraite. L'Audois Joël Castany, ancien homme de quart du Midi au sein du Comité de gestion, est un brin caustique : « N'a-t-on pas su ou pas voulu lever le lièvre ? » , interroge le tribun leucatois en rappelant que « les Français sont les plus gros utilisateurs de la méthode ».

En effet, ces coupages sont pratiqués en Champagne pour produire le vin tranquille à la base du champagne rosé. En outre, des ajouts de raisins blancs, avant élaboration, se pratiquent par tradition dans des appellations (Hermitage). L'Espagne aussi fait du coupage pour produire la "mescla", non exportable
. ( voir vins espagnols )

Et maintenant que faire ?

« Il semble qu'il soit bien tard pour agir, surtout si la France est isolée », craint Christian Paly. Président de la coopérative de Tavel, ce vigneron engagé considère que « l'on va introduire un élément de confusion chez les consommateurs, alors qu'après des décennies de pédagogie, le rosé est enfin reconnu comme un vin à part entière ».

Le seul contrepoison proposé est l'étiquetage. Mardi, les experts de l'UE se sont mis d'accord sur une proposition de décision visant à autoriser sur les étiquettes de rosé la mention « vin traditionnel » pour le distinguer des produits de coupage. La Commission devrait l'adopter définitivement fin avril. Peu satisfaisant pour Joël Castany : « On nous fait tout avaler par l'étiquetage, mais plus rien n'est lisible. Il faut repenser toute la communication avec le consommateur... » Un autre débat... pas très rose non plus.


La position de la France

 
Michel Barnier est opposé à l'élaboration de vins de table rosés par mélange de vin rouge et de vin blanc, selon un communiqué vendredi de son cabinet. Le coupage est un projet de Bruxelles, et le 27 janvier dernier, la France a autorisé la consultation de l'organisation mondiale du commerce (OMC) sur le sujet. "La France a donné son feu vert pour la consultation de l'OMC sur le texte global sur les pratiques oenologiques (...) pour ne pas paralyser la procédure au regard du calendrier d'entrée en vigueur de la nouvelle Organisation Commune de Marché (OCM) vitivinicole au 1 er août 2009", précise le communiqué. "Toutefois, précise-t-il, la France a fait part de son désaccord sur la question de l'élaboration de vins de table rosés et a souhaité que la négociation se poursuive sur ce point.

Tavel : pas inquiet mais solidaire

Tavel est la seule appellation 100 % rosé.

Le "premier rosé de France" ne tremble pas face à l'arrivée des produits de mélange. « Le consommateur achète un tavel avant d'acheter un rosé » , se tranquillise le Gardois Christian Paly, président de la coopérative de Tavel (50 % des 40 000 hl produits). En revanche, ce dirigeant adepte du jeu collectif se montre « solidaire » avec la profession : « Je pense à nos collègues des Côtes de Provence, en première ligne. Ils pourraient souffrir de la confusion née dans l'esprit des consommateurs ».

S'il ne combat pas « la vision industrielle du vin » , Christian Paly estime que dans ce cas, la logique économique ne s'applique pas : « Le marché peut s'approvisionner en rosés à des prix compétitifs sur tous les segments. Prétendre
que les vins de coupage peuvent alimenter le premier niveau du marché me semble infondé. D'autant plus que ces mélanges se font avec plus de 80 % de blancs et que les cours élevés de ces derniers ôtent toute rentabilité... »

Le porte-parole du tavel ne se fait guère d'illusion sur les chances d'un retour en arrière de Bruxelles et se replie sans enthousiasme sur l'étiquetage : « Où va-t-on s'arrêter si à chaque changement de réglementation on ajoute de nouvelles indications, plus l'âge du capitaine ? Cela devient inextricable ».

Quoi qu'il en soit, Tavel continuera sans doute à prospérer sur son magnifique terroir calcaire, prédisposé pour bichonner des rosés internationalement reconnus. Et qui, malgré quelques soucis à l'export (crise et parité des monnaies obligent), se porte « plutôt bien » . Il est vrai que des prix à la production autour de 300 € l'hectolitre ne sont pas le lot de tout le monde.

 

. Listel : en marche vers l'AOC

Listel est la première marque française de rosé Le château de Villeroy sur la plage de Sète. D'ici, sortent chaque année 15 millions de bouteilles de rosé. Listel dont Villeroy est le siège social, est non seulement la première marque française de vin de pays dans cette couleur mais le groupe, propriété du Champenois Paul Vranken, contrôle également la première marque française de rosé d'appellation avec Billette.

C'est dire si la question du coupage intéresse son directeur général, Martial Pelatan : « Le coupage est une hérésie. En France, on ne parviendra jamais à conquérir le marché des premiers prix. C'est par le haut qu'on s'en sortira ». L'ancien élève de l'Agro Montpellier se souvient du temps où ses camarades de promo le chahutaient,

quand il revendiquait son appartenance à Listel : « On considérait alors que le rosé était juste bon à donner des maux de tête. Depuis que le marché a explosé, tout le monde veut en faire ». En parvenant à maîtriser la fermentation sans ajouter de dioxyde de soufre (SO2), en débourbant les moûts, les vignerons ont non seulement combattu névralgies et brûlures d'estomac, mais ils ont aussi apporté sur le marché un vin plaisir apte à séduire les nouveaux consommateurs... Et pas seulement l'été à l'heure des grillades !

« Ce sont ces efforts que l'on va anéantir avec le coupage »
, râle Martial Pelatan... Pas de quoi cependant faire trembler Listel qui, grâce à la force de frappe de ses marques, n'a rien à redouter du futur règlement européen. A Villeroy pourtant, on a décidé de ne pas rester les bras croisés. Listel et les autres vignerons de l'aire de production viennent de se rapprocher de l'Institut national des appellations d'origine (INAO). Objectif : décrocher une AOC pour enraciner le Gris de Gris dans les dunes camarguaises et faire du vin des sables un produit unique.

Pas d'intérêt économique !

Cyril Payon est Président régional de l'Union des oenologues.

Ces vins de coupage sont-ils dangereux pour la santé ?

Il n'y a aucun danger car ils sont l'addition de deux produits élaborés selon un procédé oenologique.

Qu'en pensez-vous du point de vue éthique ?


Heureusement que ce n'est réservé qu'aux vins de table et pas aux vins de pays et appellations, à part quelques exceptions. Ainsi, le travail du vrai vigneron ne s'en trouvera que plus valorisé par contraste.

Y a-t-il un intérêt économique ?

A mon sens aucun ! Pour la bonne raison que ces mélanges font appel majoritairement à

des blancs et que le marché des blancs est aujourd'hui extrêmement porteur : un vin de table blanc c'est 70 € l'hectolitre alors qu'un vin de table rosé c'est 45 €. Le calcul est vite fait.

Votre avis sur la qualité de ces vins de coupage ?

Le résultat est très aléatoire. Mais on ne peut exclure des réussites avec un blanc aromatiquement explosif, teinté par un peu d'alicante très coloré. On gardera alors les qualités du vin dominant. Mais je rappelle que l'on parle de vin de table de consommation courante.


Une appellation "vin traditionnel" pour le rosé français

La Commission européenne a annoncé  qu'il bénéficiera d'un étiquetage pour le distinguer des produits issus de simples mélanges de rouge et de blanc

La France pourra rendre obligatoire l'inscription de la mention "rosé par coupage" pour les vins issues de mélange, mais seulement pour les produits fabriqués en France.

 

Comment distinguer le vin rosé français des simples mélanges de rouge et de blanc ?

La Commission européenne a annoncé  que le
vin rosé français va pouvoir bénéficier d'un étiquetage spécifique de "vin traditionnel" pour éviter toute confusion. Elle espère ainsi clore une polémique sur le sujet.
 
Des experts des 27 pays de l'Union européenne ont adopté une décision en ce sens lors d'une réunion concernant une réforme plus large de l'étiquetage et des appellations des vins dans l'Union européenne, a souligné un porte-parole de l'exécutif européen. Il s'agit à ce stade d'un vote préliminaire, qui devra encore être confirmé fin avril.
 
"Rosé traditionnel"
 
Les producteurs de vin rosé français, ceux de Provence (sud) surtout, protestaient contre un projet européen prévoyant d'autoriser dans l'UE la fabrication de vin de table rosé simplement en mélangeant du vin rouge et du vin blanc, pratique déjà utilisée par les principaux concurrents de l'Europe dans le monde, en Australie ou en Afrique du Sud. Selon la France, le rosé "authentique" est produit selon une méthode plus coûteuse, à partir de raisins rouges dont la pulpe et la peau sont macérées durant une durée relativement courte.
 
Pour tenter de régler le problème, les représentants des pays de l'UE ont décidé que les producteurs français pourraient utiliser l'étiquetage "
rosé traditionnel" sur leur bouteille pour les mettre en valeur par rapport aux rosé par coupage. La France pourra rendre par ailleurs obligatoire l'inscription de la mention "rosé par coupage" pour les vins issues de mélange, mais seulement pour les produits fabriqués en France. Les rosés coupés fabriqués en Espagne par exemple ne seraient pas concernés.


    Atlas mondial du vin
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article