Le Secrétaire Général de l'OTAN, se baigne à Vendres-Plage...

Publié le par Yvon Bertrand

 






Anders Fogh Rasmussen sera nommé secrétaire général de l'Otan en août prochain.

On le dit froid et austère.

 

Il est présenté comme un ami fidèle des Etats-Unis. Il n'en est pas moins resté un amoureux de la France. A 56 ans, Anders Fogh Rasmussen, le nouveau patron de l'Otan, reste méconnu du grand public.

Il promène pourtant sa silhouette sportive, son français impeccable sur le devant de la scène internationale depuis son accession au poste de Premier ministre danois, il y a huit ans. Son modèle libéral de "flexsécurité" a inspiré Nicolas Sarkozy. On lui doit l'élargissement de l'Union européenne aux pays de l'Est. Mais c'est la parution des caricatures de Mahomet, qu'il avait défendue

en 2005, qui auront pesé dans le débat lors de sa désignation à l'Otan.

 Il aura fallu le soutien appuyé de Barack Obama pour lever les réticences de la Turquie.

Depuis une quinzaine d'années, c'est sur les hauteurs de l'Ouest héraultais qu'il vient puiser l'énergie nécessaire à chaque étape clé de son parcours.

A Ceps, un hameau de Roquebrun, les époux Rasmussen ont acheté une bâtisse autrefois cave viticole, à un ancien garde du corps de Margaret Thatcher.

 « Ici, c'est une partie de notre vie », commentait Anders Fogh Rasmussen, à l'occasion d'entretiens exclusifs accordés l'été dernier à Midi Libre. « Quand j'ai besoin de relaxation, de temps pour la réflexion, la préparation du travail qui m'attend, j'aime me retrouver dans cette maison. »

Le futur patron de l'Otan s'y retrouve souvent en famille. « Mais il ne vit pas enfermé, précise Francine Marty, maire du village. C'est un vrai Roquebrunais, il s'arrête pour saluer les gens dans la rue, il vient à la fête du village... »

On le croise aussi à la fête du vin de Saint-Chinian.

Sur le sable de Vendres plage.

Sur un kayak, suivi par des gardes du corps grillés par le soleil...

Ou à la terrasse d'un café, où son épouse aime le rejoindre dès qu'il pose son vélo. « Je m'entraîne dans le Haut-Languedoc. Au Danemark, c'est plus difficile, c'est tout plat » sourit Anders Fogh Rasmussen.

Cette semaine, lors de ses adieux, son successeur au poste de Premier ministre, Lars Loekke Rasmussen, lui a offert un casque de vélo, parfait trait d'union entre l'Hérault... et l'Otan : « Tu commences un travail où il est nécessaire de porter un casque... »

Un casque qui sera guetté sur les routes de Roquebrun, où la venue du couple Rasmussen est espérée avant son entrée en fonction en août prochain. Comme toujours, en toute discrétion.

Dimanche 19 juillet 2009

 

Anders Fogh Rasmussen, ancien premier ministre danois et président de l’Union européenne, se prépare, à 56 ans, à devenir secrétaire général de l’Otan. A quelques jours de sa prise de fonction le 1er août, le nouveau chef de l’Alliance, en vacances dans l’Hérault, a accordé un entretien exclusif à Midi Libre.

Dans quel état d’esprit abordez-vous cette prise de fonction à la tête de l’Otan ?

J’ai hâte d’assumer mes nouvelles fonctions. C’est un défi passionnant. Ce sera une prolongation au niveau international de mes anciennes fonctions à la tête du Gouvernement danois ou à la présidence du Conseil européen.

Votre désignation s’est pourtant heurtée aux réticences de la Turquie…

Oui, mais on a obtenu un consensus incluant

Quels seront vos priorités à la tête de l’Otan ?

Le défi le plus important est notre mission en Afghanistan. A court terme, il faut assurer des élections présidentielles réussies le 20 août. A plus long terme, il faut transférer la responsabilité de la sécurité aux Afghans. Nous allons développer la capacité de leur armée. 

Deuxièmement : je veux me focaliser sur l’amélioration des relations entre l’Otan et la Russie. Il faut naturellement insister pour que la Russie respecte les voisins comme la Georgie, mais nous partageons aussi des intérêts de sécurité : la lutte contre le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive, l’Afghanistan, etc. 

Troisièmement, je veux améliorer les relations entre l’Otan et l’Union europénne (UE). Je suis un partisan de l’idée française de développer une Europe de la défense. Après la décision courageuse du gouvernement français de réintégrer les structures militaires de l’Otan, je vois des perspectives positives pour un développement de la dimension militaire dans le cadre de l’UE. Les deux organisations ne sont pas
adversaires, au contraire. Les efforts militaires des deux organisations pourraient être complémentaires. 

Quatrièmement : je vais me focaliser sur un développement des relations transatlantiques. La collaboration entre l’Europe et les Etats-Unis devrait être facilitée par la réintégration française dans l’Otan. Enfin, je vais mener une réforme militaire de l’Otan. L’Otan, c’est une histoire de succès. Maintenant, il faut se transformer pour développer nos capacités face aux nouvelles menaces : la lutte contre le terrorisme, la prolifération des armes de destruction massive, le bio terrorisme, les cyber attaques. Il faut réformer et transformer les armées partout. Nous avons besoin de plus de flexibilité. Au moment où nous traversons une crise financière, il faut utiliser les ressources de façon efficace. L’Otan va s’engager dans la lutte contre la piraterie. Nous allons élaborer un nouveau concept stratégique. Je lancerai ce projet début août.

Vous saluez le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’Otan. Où en est-on dans son processus d’intégration dans les instances décisionnaires ? Quelle peut être et quelle doit être la place de la France ?

La décision française de réintégrer les structures militaires va augmenter son poids et celui de l’Europe au sein de l’Otan. Un général français va, par exemple, assurer le commandement de l’état-major de transformation qui est situé en Virginie, aux Etats-Unis. J’ai hâte de collaborer avec lui en vue de renforcer les réformes et la transformation de l’Otan.

Envisagez-vous de revoir à la baisse la participation de l’Otan dans des zones telles que le Kosovo ?

Oui. Le Kosovo est un bon exemple du succès de l’Otan, on a stabilisé la situation. Nous sommes en train de préparer une feuille de route en vue d’une réduction graduelle et coordonnée entre les Alliés du nombre de troupes sur place. Le Kosovo est aussi un exemple de la bonne coopération entre l’Otan et l’UE.

La France doit-elle, selon vous, renforcer sa présence militaire en Afghanistan ? Barack Obama a exprimé des attentes quant à une plus forte implication européenne…

Nous avons besoin d’une augmentation de troupes. La France y a déjà significativement contribué. Il faut aussi renforcer l’interaction entre les efforts militaires et civils. Il n’y a pas de solution militaire à long terme en Afghanistan. La reconstruction civile du pays doit être renforcée, avec une contribution européenne importante. Et la France pourrait jouer un rôle clé, à l’Otan, comme dans le cadre de l’UE. Mais je suis d’accord avec Barack Obama, il faut assurer une meilleure balance entre Europe et Amérique du Nord.

Les Etats-Unis mènent actuellement en Afghanistan une vaste offensive dans la basse vallée de l’Helmant…

Cette offensive était nécessaire. Je salue la décision américaine d’augmenter ses troupes. Il faut renforcer la lutte contre les Talibans sur place.

Barack Obama a jugé, récemment, plus vraisemblable une attaque terroriste d’Al-Qaïda en Europe plutôt qu’aux Etats-Unis.
Vous êtes d’accord ?

Je ne suis pas sûr. Je ne pense pas que la situation ait changé. Le risque est partout, aux Etats-Unis et en Europe. C’est pour ça qu’il faut poursuivre nos efforts en Afghanistan, nous ne pouvons pas nous permettre de laisser ce pays servir, à nouveau, de refuge, aux terroristes. Mais je ne suis pas d’accord sur le fait que l’Europe soit plus exposée que les Etats-Unis. Le risque est le même partout. Même les pays musulmans sont exposés. Je vais travailler à une amélioration des relations entre l’Otan et les gouvernements modérés dans le monde musulman. Il faut établir un front fort contre les extrémistes.

Vous annoncez aussi votre volonté d’améliorer les relations complexes de l’Otan avec la Russie. Comment les envisagez-vous dorénavant ?

C’est effectivement complexe. Nous avons déjà décidé le mois dernier de relancer les activités du conseil spécial Otan-Russie. Je veux ensuite obtenir une amélioration de ces relations pendant mon mandat. Stratégiquement, nous avons besoin d’une collaboration étroite, en particulier dans la lutte contre le terrorisme. La Russie est très exposée. Elle ne doit pas considérer l’Otan comme un ennemi. L’Otan n’est pas braquée sur la Russie.

Le président russe, Dmitri Medvedev estimait en mai dernier que l’Otan et la politique étrangère américaine constituaient une menace importante pour la stabilité internationale et la puissance de la Russie…

Ce n’est pas vrai. Il faut au contraire travailler durement pour assurer de bonnes relations. Et j’espère que je pourrai visiter Moscou bientôt.

 



la Turquie. J’ai déjà eu une réunion avec le Premier ministre turc et nous avons décidé d’assurer une collaboration positive. C’est du passé (les dissensions remontaient à la parution des caricatures de Mahomet au Danemark, Ndlr). Il faut se focaliser sur l’avenir. Je suis sûr que nous entretiendrons de bonnes relations.
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