Alexandre Cabanel, un gamin de Figuerolles...
L'ascension vertigineuse d'un modeste Montpelliérain qui sera « le peintre qui incarne le XIX e siècle »
Observer un tableau d'Alexandre Cabanel c'est comme écouter un poème de Victor Hugo.
Dans un style parfaitement maîtrisé, ces deux-là font le lien entre tradition et modernisme.
À la charnière de deux mondes, de deux époques.
L'un comme l'autre, romantiques classiques inspirés par la légende des siècles, sont aussi persuadés que la valeur n'attend pas le nombre des années et que le génie est vain sans un travail quotidien et acharné.
Conscient de sa chance et convaincu de sa haute destinée, Alexandre Cabanel est né dans le quartier populaire de Figuerolles.
Fils d'un fabriquant de meuble, il a grandi dans une famille modeste.
Dès l'école communale, le gamin se distingue en dessin... Tant et si bien qu'à 16 ans, il obtient une bourse pour entrer aux Beaux-Arts de Paris.
Et sept années plus tard, le voici lauréat du Grand Prix de Rome, accueilli à l'Académie de France en la Villa Médicis. Engagé dans sa passion pour cinq ans d'études et de créations.
Porteur de l'héritage de ses aînés, Alexandre Cabanel applique les règles de l'art.
Ses oeuvres en témoignent dans la délicatesse des drapés comme la vigueur des scènes... Qui révèlent aussi son côté rebelle maîtrisé.
Ainsi, à tout juste 23 ans, ce nouvel académicien choisit pour sujet d'étude Satan, prudemment baptisé L'ange déchu.
Sur l'esquisse, les ailes sont celles d'une chauve-souris. Sur le tableau final, elles sont de plumes. Une concession aux professeurs ? Certainement ... Car à l'époque, le religieux était bien sacré. Mais ce tableau dit aussi que l'élève sait défendre son ouvrage.
De retour à Paris, peintre admiré et professeur de l'Académie, Alexandre Cabanel n'a rien du mondain.
Portraitiste renommé de la nouvelle aristocratie, ce sont ses sujets qui viennent à lui, dont Napoléon III, l'impératrice, le peintre Alfred Bruyas ou une cantatrice suédoise.
Les façons du maître sont appréciées car s'il retransmet, fidèle, son modèle dans ses imperfections les plus humaines, il sait, par sa peinture, sublimer l'être et insuffler dans ses traits la lumière.
Préférant la besogne à l'exhibition, Alexandre Cabanel s'impose aussi en maître bienveillant avec les jeunes apprentis.
Les ragots assurent qu'il était un farouche opposant à l'Impressionnisme mais c'est lui, pourtant, qui a défendu Auguste Renoir, pour la remise d'une médaille ou encore le Montpelliérain Frédéric Bazille auquel il permet d'exposer en bonne place au Salon de Paris de 1869.
Côté coeur, Alexandre Cabanel ne s'est jamais marié, pas le temps, mais il aurait eu pour maîtresse la femme d'un journaliste du Figaro.
Est-ce pour cela que les critiques, dont Émile Zola, ont été si dures avec ses oeuvres qui pourtant remportaient l'adhésion du public ?
Pour Sylvain Amic, conservateur du musée Fabre, Alexandre Cabanel était jugé trop kitch par ses contemporains.
Moqué puis oublié au profit des outsiders, il n'a jamais été étudié sérieusement jusqu'à ce jour. Et pour la première fois donc, une rétrospective lui est consacrée.
Qui révèle la destinée d'un peintre majeur.
Alexandre Cabanel, décorateur.
Durant de longues années, le peintre montpelliérain s'est attelé à la décoration d'hôtels particuliers.
Auréolé du succès du salon de Paris et devenu peintre attitré de la nouvelle aristocratie du Second Empire, Cabanel voit, au milieu des années 1850, se succéder les commandes pour décorer de nouveaux hôtels particuliers.
L'une des premières émane de l'architecte Lesueur, qui lui propose de décorer le salon des Cariatides, l'antichambre de la salle des fêtes de l'hôtel de ville de Paris.
Il réalise ainsi douze pendentifs et vingt-quatre écoinçons sur le thème des mois de l'année.
Malheureusement, ce décor n'existe plus car la salle des fêtes a été entièrement ravagée par l'incendie provoqué lors des combats de la Commune, en mai 1871, qui
a détruit la majeure partie des bâtiments de l'hôtel de ville.
Sollicité par la bourgeoisie parisienne, qui prend possession de ses hôtels particuliers sur les tout nouveaux boulevards haussmanniens de la capitale, Cabanel réalise, entre autres, les panneaux décoratifs pour l'imposant bâtiment du banquier Pereire - à l'époque grand rival des Rothschild - situé rue du Faubourg-Saint-Honoré.
À ce titre, il faut savoir que le musée Fabre a entrepris dernièrement la restauration des études préparatoires pour le décor de cet hôtel.
Elle concerne les études du plafond illustrant les Cinq sens et ses pendentifs achevés en 1858, ainsi que les six panneaux allégoriques pour Les heures, objets d'une commande supplémentaire réalisée en 1864.
Le décor des Pereire fut salué par la critique.
Tout autant d'ailleurs que celui réalisé trois ans plus tard pour le magnat du sucre Constant Say, dont l'hôtel particulier est situé place Vendôme à Paris.
Comme dans ses autres décors, Cabanel propose des allégories originales. Il compose ainsi quatre imposants panneaux de 2,5 m sur 3 m environ.
Là encore, le musée Fabre possède les cartons préparatoires, eux aussi restaurés, qui ont été réalisés à l'échelle du décor fini. « Ils donnent l'image fidèle de ce plafond achevé, souligne Michel Hilaire, commissaire de l'exposition.
Tracés d'une ligne claire et ample, ils composent un Olympe laïque et paisible. »
Ces cartons furent donnés en 1889 au musée Fabre par Barthélémy Cabanel. Deux ans plus tard, Ernest Michel, le conservateur du musée, constituera une galerie de dessins où les quatre cartons seront installés au plafond.
Les commandes décoratives se poursuivront de longues années durant.
En 1870, Alexandre Cabanel réalisera le plafond du Pavillon de Flore, au Louvre, devenu depuis le plafond du cabinet des arts graphiques.
Et en 1874, il participera aux décorations du Panthéon, pour lequel il réalise une Histoire de Saint-Louis.
Des commandes qui, outre la renommée, apporteront à l'enfant du pays une jolie et prospère source de revenu.
Imposant Pour l'exposition universelle de 1867, Cabanel réalisera l'imposant Paradis perdu , une toile de plus de 5 mètres commandée par le roi Maximilien II de Bavière.
Ce tableau, le plus ambitieux sans doute de l'artiste, sera détruit lors de la Seconde Guerre mondiale.
Le musée Fabre possède cependant une de ses études, acquises dernièrement.