Le Canigou en " sang et or"..

Publié le par Yvon Bertrand

Le sommet du Canigou en sang et or !
Habiller le pic du Canigou de "sang et d'or". C'est la gageure à laquelle se sont attelés les photographes Rémy Michelin et Frédéric Revel pour la réalisation de la couverture d'un livre sur les P.-O. Récit d'une prise de vue totalement inédite, d'un projet iconographique hors du commun.
 
k, c'est bon ! Gé-ni-al, Lolo !!! On se fait un dernier passage pour le plaisir et on peut décrocher. - Ouais Rémy ! Mais faut pas trop qu'on tarde. Car la couche nuageuse commence méchamment à monter et là, on est à la limite du surpoids. La machine est au max. Si on ne veut pas être obligés de coucher aux Cortalets, va falloir qu'on rentre fissa.
- Pas de problème. J'ai c'qu'il faut, on y va. Mais c'est tellement beau. Regarde comme c'est magique". 

Dans les écouteurs du casque de la radio de bord, la voix de Rémy Michelin est empreinte d'émotion.
Voilà des mois qu'il en rêve de cette photo. Des semaines qu'il l'attendait ce moment.

Des jours et des nuits à se démener comme un beau diable pour que son idée un peu folle se concrétise enfin.
Multiplier les contacts, obtenir les autorisations, enchaîner les reconnaissances sur le terrain, passer outre les contraintes techniques, acheter une centaine de mètres de tissu, jongler avec les fenêtres météo : rien ne lui aura été épargné pour réaliser cette image unique, cette photo exclusive qui fera date mais, surtout, la couverture du livre "66 Sang et or" , à paraître à la rentrée aux éditions Air photographique (voir encadré). L'idée ?
Draper le sommet du Canigou en "sang et or".

Pas moins ! Un authentique défi mobilisant 365 randonneurs issus des 35 communes du syndicat mixte Canigou Grand site, invités, le Jour J, à brandir le drapeau catalan lors du survol de l'hélicoptère piloté par son complice Laurent Tissier.

Tout est calé. La date du 4 juillet est retenue.

La veille, la météo annonce un avis de grand bleu. Mais ce jour-là, à l'heure dite, sur le tarmac de l'aéroport de Perpignan-Rivesaltes, le pilote d'Hélitorral affiche sa mine des mauvais jours.
Vu de la plaine, le faîte du Canigou est littéralement bâché. Le temps est à l'orage. Ciel de plomb et horizon vert de gris sur le Conflent. Trop risqué d'aller titiller la versatilité des nuages... Confidence guère réjouissante : "Si on se fait prendre dans un cumulo nimbus, on se retrouve illico en pièces détachées à Marrakech". A l'autre bout du fil, là-bas, là-haut sur le massif encapuchonné, Rémy Michelin ravale un sanglot.
Doit se rendre à l'évidence. La guigne ! Il faut annuler. En prenant la décision de reporter l'opération, Rémy Michelin sait alors qu'il se prive de l'opportunité exceptionnelle de pouvoir compter sur toutes les personnes qu'il avait embringuées dans son aventure.
Trop compliqué de faire monter deux fois de suite autant de monde à 2 784 m ! Tant pis. Cela ne sera que partie remise. Car quoi qu'il advienne, il est déterminé à la réaliser, cette image ; à la charge émotionnelle et symbolique particulièrement forte. Une semaine plus tard, cela sera chose faite.

Avec certes moins de personnes qu'initialement prévues. Mais une bonne soixantaine de figurants tout de même. "Franchement, à la réflexion et avec le recul, c'est finalement pas plus mal", admet le photographe."L'effet de masse aurait masqué le pic. Là, c'est plus aéré. L'impact visuel est à mon sens plus fort".
Comme quoi, parfois et comme l'affirme le dicton, "à quelque chose malheur est bon".

A savoir

2 784,66 m sous la toise. Le Canigou fut mesuré pour la première fois en 1683. En 1723, Jacques Cassini établit son altitude à 2803 mètres. D'autres campagnes de mesures se succédèrent tout au long du XIX e siècle. En octobre 2004, deux géomètres experts des P.-O. déterminèrent, grâce à la méthode GPS, que le Canigou toisait le niveau de la mer à 2 784,66 m. C'est aujourd'hui sa taille exacte et officielle.

Grande premières.

Selon la légende, le premier a avoir osé tenter l'ascension du Canigou fut le roi Pere el Gran d'Aragó, en 1285. Mais il dut renoncer en arrivant au lac de l'Estanyol en raison de la présence d'un dragon.
Si l'itinéraire classique d'accès au pic n'offre pas de difficulté particulière, d'autres voies, surtout en conditions hivernales, nécessitent des qualités réelles de montagnard. La palme de l'exploit revient aux athlètes de la course à pied du Canigou qui se déroule ce week-end.
Aujourd'hui, les meilleurs d'entre eux bouclent le parcours, passant par le pic au départ et à l'arrivée de Vernet-les-Bains, en moins de 3 h. Une boucle de 32 km pour un dénivelé total en positif et négatif de 4 400 m.

Montagne sacrée.

Louée et glorifiée par un nombre incalculable d'auteurs et de poètes, le Canigou est considéré comme la "montagne sacrée" des Catalans de part et d'autre de la frontière.

D'Albert Bausil, en passant par Jordi Pere Cerdà ou Jacint Verdaguer, voire Prosper Mérimée ou Rudyard Kipling, les flancs majestueux de la "muntanya regalada" sont une source intarissable d'inspiration.

Notamment au moment de la Saint-Jean où, depuis son sommet embrasé, se perpétue la tradition de la "flama del Canigó".



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Publié dans Art & Nature

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