Causses et Cévennes au patrimoine mondial de l’humanité

Publié le par Yvon Bertrand

L'agence de l'ONU a ajouté ( fin juin 2011 ) à sa liste la chaîne montagneuse et les paysages karstiques du sud de la France pour leur beauté mais également pour la culture des bergers qui a permis de les façonner.

 Les Causses et les Cévennes, ces plateaux pelés et massifs granitiques, ont été ajoutés au patrimoine mondial de l'Unesco, l'organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture.

En inscrivant 3000 km² de ces territoires répartis entre l'Aveyron, la Lozère, le Gard et l'Hérault, l'organisme dépendant de l'ONU reconnaît la valeur universelle exceptionnelle d'un «paysage culturel évolutif et vivant» ainsi que «le rôle de l'agropastoralisme», en particulier l'élevage non-intensif des brebis qui donne le Roquefort.

Des territoires façonnés par les bergers

En effet, c'est la culture des pâtres qui a façonné ces paysages pendant des millénaires.

Ces hommes n'ont cessé de pratiquer la chasse, l'élevage et la cueillette.

 En emmenant leurs bêtes brouter sur les hauteurs des plateaux, ils ont tracé des chemins et ont aménagé des «lavognes», ces mares destinées à faire boire leurs animaux.

C'est eux qui ont construit des ponts pour franchir les cours d'eau en entaillant la roche ainsi que des abris de pierre pour se protéger des intempéries. De même, ils ont faconné les caves pour transformer en roquefort le lait des brebis.

Aujourd'hui encore, les bergers de la région se livrent à la pratique ancestrale de la transhumance sur une terre parmi les moins densément peuplées de France.

 Alors que des bois couvraient autrefois la quasi-totalité du territoire, l'élevage extensif et la culture, dans les creux de la roche de forme circulaire ou sur les terrasses, ont dégagé l'espace et conféré une unité à ces paysages contrastés : à l'ouest, les imposants plateaux calcaires des Causses (Larzac, Causse Méjean...), incisés par les gorges du Tarn, de la Dourbie ou de la Jonte; à l'est, les vallées cévenoles boisées; au milieu et au nord, les massifs granitiques (mont Lozère, mont Aigoual), qui culminent à 1699 m et où est juchée la dernière station météo de montagne habitée en France.

Des sites exceptionnels que les écologistes et les élus locaux ont récemment défendu bec et ongles contre un permis autorisant la prospection de gaz de schiste dans le sol de ce milieu naturel.

 Devant la levée de boucliers, le Parlement avait dû interdire les recherches utilisant «la fracturation hydraulique».

L'Unesco a en revanche décidé de différer sa décision concernant l'inscription à son patrimoine mondial de l'oeuvre de l'architecte Le Corbusier, dont la candidature était présentée par la France et cinq autres pays (Argentine, Allemagne, Belgique, Japon).

 Ces pays s'étaient associés pour présenter l'oeuvre de Le Corbusier à travers 19 monuments dans 18 villes ( dont Poissy pour la villa Savoye )symbolisant le renouveau urbanistique impulsé par l'architecte.

Unesco : un processus d'inscription complexe
Le Mont-Saint-Michel figure depuis 1979 au patrimoine mondial de l'Unesco.
Le Mont-Saint-Michel figure depuis 1979 au patrimoine mondial de l'Unesco.

Les États qui souhaitent déposer une demande d'inscription de biens sur la liste du patrimoine mondial doivent se plier à toute une série de démarches, visant tout d'abord à montrer leur détermination à protéger leurs richesses naturelles et culturelles.

     

Comment s'inscrire ?

Seuls les 187 pays qui ont signé la convention du patrimoine mondial de 1972, et qui se sont ainsi engagés à protéger leur patrimoine naturel et culturel, peuvent soumettre des propositions d'inscription de biens sur la liste du patrimoine mondial.

Le pays doit tout d'abord dresser un inventaire des sites naturels et/ou culturels les plus importants situés à l'intérieur de ses frontières. Le gouvernement, mais aussi les municipalités, les régions ou les directions du patrimoine, peuvent proposer un site pour cet inventaire.

 Ce dernier, appelé liste indicative, répertorie les biens que l'Etat partie peut proposer pour inscription au cours des cinq à dix années à venir. Un Etat doit soumettre sa liste indicative au centre du patrimoine mondial, de préférence un an au moins avant la soumission de toute proposition d'inscription.

Cette liste ne doit pas être considérée comme exhaustive et peut donc être mise à jour à tout moment.

Chaque Etat est par ailleurs encouragé à préparer sa liste avec la participation d'une large variété de partenaires : gestionnaires de sites, autorités locales et régionales, communautés locales, ONG et autres parties ou tout autre partenaire intéressé.

Le Comité du patrimoine mondial ne peut ensuite étudier une proposition d'inscription sur la liste du patrimoine mondial que si le bien figure déjà sur la liste indicative de l'Etat partie.

Comment sont évalués les biens proposés ?

Les biens proposés pour inscription sont évalués par deux organisations consultatives indépendantes, désignées par la convention du patrimoine mondial: le Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS) et l'Union mondiale pour la nature (UICN). Alors que l'ICOMOS fournit au Comité du patrimoine mondial des évaluations des biens culturels, l'UICN le conseille plutôt pour la sélection des biens naturels.

La troisième organisation consultative est le Centre international d'étude pour la préservation et la restauration des biens culturels (ICCROM). Il s'agit d'un organisme intergouvernemental qui conseille le comité sur la conservation des sites culturels, ainsi que sur les activités de formation.

Quels sont les critères de sélection ?

Une fois qu'un site a été évalué, c'est le comité intergouvernemental du patrimoine mondial qui prend la décision finale concernant son inscription. Une fois par an, le comité, composé de représentants de 21 Etats parties à la convention élus par leur Assemblée générale, se réunit donc pour décider quels sites seront sélectionnés.

Pour figurer sur la liste du patrimoine mondial, les sites doivent avoir une valeur universelle exceptionnelle et satisfaire à au moins un des dix critères de sélection : «représenter un chef-d'œuvre du génie créateur humain», «apporter un témoignage unique ou du moins exceptionnel sur une tradition culturelle ou une civilisation vivante ou disparue», «représenter des phénomènes naturels ou des aires d'une beauté naturelle et d'une importance esthétique exceptionnelles» ou bien encore «être des exemples éminemment représentatifs des grands stades de l'histoire de la terre, y compris le témoignage de la vie, de processus géologiques en cours dans le développement des formes terrestres ou d'éléments géomorphiques ou physiographiques ayant une grande signification».

Ces critères sont régulièrement révisés par le comité pour rester en phase avec l'évolution du concept même de patrimoine mondial. Ainsi, jusqu'à la fin 2004, les sites du patrimoine mondial étaient sélectionnés sur la base de six critères culturels et quatre critères naturels. Depuis la révision des Orientations en 2005, il n'existe plus qu'un ensemble unique de dix critères.

Si le comité se réunit tous les ans, certains sites proposés peuvent attendre plus d'une année avant d'entrer au patrimoine mondial de l'Unesco.

Il a notamment fallu deux ans et demi de mobilisation et d'attente pour voir enfin les vingt-trois beffrois des régions Nord-Pas-de-Calais et Somme être inscrits en 2005 au Patrimoine mondial de l'Unesco.

D'autres sites n'ont en revanche pas cette chance: l'oeuvre architecturale de Le Corbusier, proposée en 2008 par la ministre de la Culture française de l'époque, Christine Albanel, n'a pas été admis en juin 2009 sur la prestigieuse liste de l'Unesco. Un an plus tard, Le Corbusier figure toujours sur la liste indicative française en vue peut-être d'une candidature prochaine.

A quel rang se situe la France ?

Avec 35 sites classés au patrimoine mondial de l'Unesco, l'Hexagone se place en quatrième position derrière l'Italie (45 sites), l'Espagne (42) et la Chine (40). Après la France, viennent ensuite l'Allemagne (33), le Mexique (31) et à égalité le Royaume-Uni et l'Inde (28).

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Publié dans Histoire régionale

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