Un Audois célèbre : Philippe Noiret

Publié le par Yvon Bertrand

   
 
Pendant trente ans, Philippe Noiret, l'acteur a vécu, à Montréal, une localité du  département de l'Aude à une quinzaine de kilomètres de  Carcassonne.
Pour rendre hommage à cet acteur célébre, le conseil municipal a décidé de donner le nom de Philippe Noiret à l'une des avenues principales de la commune.

L'inauguration a eut  lieu le vendredi 19 octobre à 18h, sous l'autorité du premier magistrat, Christian Rebelle.  
 
Entre deux tournages ou pièces de théâtre, Philippe Noiret venait s'isoler dans sa « propriété », près de Montréal, dans l'Ouest audois. Il mettait à profit ces rares moments de détente pour arpenter les environs à cheval et,  soutenir l'action de l'association Terre propre, opposée à un projet de décharge départementale.
Propos recueillis par Trésor Cathare avant sa disparition.
Vous souvenez vous de votre de votre première rencontre avec la Malepère, ce pays de l'Ouest audois, où vous venez vous retirer, de temps à autre ?
C'est le fruit d'un hasard heureux. J'avais une amie, qui fut aussi mon agent pendant trente ans, qui habitait Monclar (au nord de Limoux). Quand j'ai découvert cette Malepère, alors que je n 'y étais venu que 36 heures, j'ai eu le coup de foudre. Ma femme aussi, Dieu merci, sinon cela aurait posé quelque problème. Et puis deux mois plus tard, on m'a amené, les yeux bandés, devant ma « campagne », ma future maison : j'ai découvert les Pyrénées, les contreforts, tous ces petits mamelons de la Malepère, moitié bois, moitié champs.
 C'était le paysage dont je rêvais. A la fois doux et rude. Pas la beauté immé­diate de la Provence mais une autre séduction. J'ai senti que plus j'y resterais, plus je serais séduit.
C'est ce qui s'est passé. C'était il y a 23 ou 24 ans. On y a amené la famille, les chevaux et même les chevaux des amis.

L'Aude a été le décor de très nombreux films, dont « La Passion Béatrice », tournée à Puivert par Bertrand Tavernier. Est-ce aussi une source d'inspiration pour vous, l'acteur ?
 
Quand je suis ici, je ne pense pas au travail.
 Pendant six mois, j'ai tourné avec la pièce de Bertrand Blier, « Les Côtelettes », c'était mon retour sur scène après 34 ans d'absence.
Lorsque je suis venu jouer dans le coin, j'ai dormi à l'hôtel. Je ne pouvais pas concevoir de partir de la maison pour monter sur les planches le soir même. Pour les tournages de films, c'est pareil. Même apprendre un texte, c'est quelque chose que je fais rarement ici.
 Ma campagne est synonyme de promenades à cheval et de lectures. Une seule fois, j'ai proposé, comme une boutade, à Bertrand Tavernier de tourner la dernière séquence de « La Vie et rien d'autre » près de chez moi, quand mon personnage, après la guerre, revient vivre dans ses campagnes. Tavernier est venu quelques jours et a choisi de terminer le film ici.

Vous avez passé plusieurs années de votre adolescence à Toulouse, non loin de là. Le Languedoc vous est donc plutôt familier ?

J'y ai vécu de l'âge de 7 ans à 15 ans, en face du Jardin des Plantes.
Ce sont des années qui comptent. Et puis je suis un peu au fait de l'histoire de la région. Derniè rement, un ami m'a fait passer le livre de Zoé Oldenbourg, « Le Bûcher de Montségur ». Quand on dit « cathare », on s'attend à avoir droit aux templiers, au trésor de Rennes-le-Château...
Ce livre, en revanche, m'en a appris énormément ; j'ai pris conscience de toutes les données. Cela dit, cela fait pas loin de cin quante ans que j'ai les valises à la main et j'avoue que lorsque j'arrive dans la Malepère, je ne bouge plus ! Les rares amis qui passent à la maison, les bons et les fidèles connaissent beaucoup mieux la région que moi.
Ce sont eux qui me la racontent. Je suis très attaché à ce pays, que j'ai choisi non sans une bonne raison. Pas objective bien sûr, mais sentimentale. Je me sens bien ici, je voudrais être en harmonie avec les gens qui l'habitent et le font.

C'est pour cette raison que vous vous êtes engagé contre ce projet de décharge départementale qui doit être aménagée à Lignairolles, à la limite de l'Ariège et de l'Aude ?
 
Je ne m'étais encore jamais mêlé de la vie locale, tout simplement parce que ne vivant pas très souvent ici, je me suis toujours considéré comme invité par la région.
  Mais, là, je ne pouvais pas ne pas intervenir. Quand la rumeur a couru que ce centre d'enfouissement technique serait dans la Malepère, pas très loin de Montréal et encore plus près de ma campagne, vous imaginez mon émotion.
J'avais fait savoir à ce moment-là aux vignerons que s'ils avaient besoin d'un petit coup de trompette, ils pouvaient compter sur moi. Et puis j'ai su que cet emplacement était abandonné, à moins qu'il n'ait jamais été envisagé, peu importe. Toujours est-il que j'ai ressenti un lâche soulagement. Et pensé aussitôt que ma réaction était peut-être humaine mais pas très jolie. Aussi, lorsque Terre propre m'a demandé d'apporter ma petite pierre à son action, j'ai accepté volontiers. Mon petit rôle dans cette association, c'est de la faire connaître, de donner du retentissement à ses positions et ses arguments. Je ne me suis pas engagé les yeux fermés, sentimentalement voire démagogiquement, dans ce dossier que je ne prétends d'ailleurs pas connaître à fond. Je crois que les données et les nuisances que l'on nous présente sont mal évaluées. Sans compter le côté humain de cette affaire, c'est-à-dire le nombre de personnes qui ont fait le choix de demeurer dans ce pays et de le faire vivre, ou bien d'y revenir, ou encore d'y venir s'installer. Cela me paraît d'une injustice criante que de pénaliser ces gens qui veulent tant animer cette campagne, grâce au tourisme, à l'artisanat, à l'élevage...
Tous ceux qui ont fait ce choix-là se trouvent désormais devant un fait accompli. Naturellement, les élus sont là pour prendre des décisions, mais le citoyen responsable a aussi le droit de faire savoir qu'il n'est pas d'accord.

Faites-vous partie de ces artistes qui se mobilisent ainsi pour des « causes » ?
 
Je n'ai pas l'habitude du militantisme.
Je vais bientôt avoir 70 ans et je n'ai, jusqu'à présent, jamais fait partie de tels mouvements. Ce n'est pas quelque chose dont je me vante, au contraire, j'ai beaucoup de considération pour les gens qui, en plus de leur mé­tier et de leur vie de famille, mili­ tent pour une cause dans laquelle ils croient. Moi, j'ai réservé toute mon énergie à mon travail. J'ai beaucoup d'amis qui ont milité, donné leur avis, qui se sont occupés des sans-papiers... C'est généralement assez mal vu par les médias et le public.
On dit qu'ils veulent faire parler d'eux, mais ces gens connus qui s'engagent n'ont souvent pas besoin de ça pour faire parler d'eux. Je dirais presque qu'ils font cela malgré leur notoriété. Ils ont plus d'ennuis à en tirer que d'avantages. Il m'est arrivé de donner de petits coups de main ponctuels, en exerçant mon métier. Comme ce spot pour Amnesty International que j'ai tourné avec Jean Becker, ou pour La Ligue contre le cancer. Cela n'a rien d'extraordinaire, ni rien de glorieux.
C'est un acte de citoyen qui n'exige pas de grands sacrifices. Je préfère agir de cette manière plutôt que de prêter simplement ma notoriété.
 
 
 
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