L’hommage à Georges Frêche...
Il est entré dans la cathédrale sur l’air d’une Fugue de Bach et sous les applaudissements.
La vague, partie de la foule massée sur le parvis, a remonté les travées et accompagné le cortège funéraire au pied de l’autel.
Georges Frêche est reparti deux heures plus tard sous les applaudissements, et le Temps des cerises chanté par Montand.
Minutieusement scénarisées, avec les professeurs d’université en toge, des prises de parole minutées, des places réservées sur les bancs, les obsèques du président du Languedoc-Roussillon ont rassemblé sa famille éclatée, des politiques de tous bords, des personnalités en vue de Montpellier.
Il y avait le sénateur maire de Lyon Gérard Collomb, Harlem Désir, n°2 du PS, Martin Malvy, président socialiste de Midi-Pyrénées, Michel Vauzelle, président de Paca, José Montilla, président du gouvernement de Catalogne, Louis Nicollin, Gérard Depardieu..
Des gens simples, aussi.
Les plus matinaux ont pu rentrer dans la nef sans se heurter à l’implacable service d’ordre pour entendre et voir les hommages, dans une subtile alchimie où l’homme d’église côtoie l’ami de l’ombre, le compagnon politique, l’apparatchik du PS, avec une touche “people “, le rôle est taillé sur mesure pour Gérard Depardieu.
L’acteur est quasiment inaudible pour rappeler, d’un souffle court, la « chance » qu’il a eue de côtoyer Frêche.
« Simplement du bonheur », lâche-t-il avant de prendre son envolée sur un texte de Saint-Augustin.
« Le deuil a saisi toute la ville de Montpellier depuis dimanche soir et touche chacun quelque soit ses convictions religieuses, ses opinions », a amorcé, un peu plus tôt l’archevêque Pierre-Marie Carré.
« Qui était Georges Frêche, au-delà des apparences et des postures médiatiques ? » interroge-t-il.
« Un chercheur de Dieu », répond l’évêque auxiliaire Claude Azéma qui rappelle que si l’Eglise « a été blessée par certains propos excessifs » de Frêche, elle « reconnaît aussi les autres facettes de l’homme ».
Alors, Yvan Séverac, l’ancien chauffeur, esquisse un portrait. Un silence, une respiration, et les mots simples de celui qui « a passé vingt-sept ans auprès de lui » racontent « l’homme déterminé, travailleur, sensible »... « J’étais fier quand il m’appelait Yvan », conclut-il.
Un autre silence, et à nouveau, une respiration fait écho, dans le micro.
Cette fois, c’est Raymond Dugrand, ancien adjoint à l’urbanisme, qui voudrait « faire revivre l’ami » comme convenu un jour « devant la tombe de Luther King », « le premier qui partirait devrait prononcer les paroles de l’autre ».
Dugrand « a passé trois nuits à reprendre les écrit » de Frêche.
Aujourd’hui, il les lit pour démonter une à une les affaires, les blacks et les harkis.
C’est aussi le propos de Gérard Collomb.
Un peu poussif à s’embrouiller d’abord dans des messages de condoléances convenus.
Mais, « Georges n’aimait pas les propos convenus », rappelle le maire de Lyon.
« C’était un provocateur. Mais il était aux antipodes de la caricature qu’on faisait de lui (...) Son socialisme n’était pas un socialisme du dogme mais un socialisme du peuple ».
C’est bien le peuple, qui hier, a rendu un ultime hommage à Frêche, « un homme de courage » selon la définition empruntée à Jaurès : « Aimer la vie et regarder la mort d’un regard tranquille ».
Sur le parvis
Les obsèques étaient aussi retransmises à l’extérieur sur écran géant.
Les cols sont remontés. Les lunettes noires vissées sur le nez. Certes, il ne faisait pas chaud hier, sur le parvis de la cathédrale Saint-Pierre, à Montpellier.
Quelques degrés à peine. Matinée sombre à plus d’un titre pour la ville qui enterrait celui qu’elle considère toujours comme son “maire“.
Abder a enroulé son écharpe autour du cou ; relevé la tête au passage du cercueil de Georges Frêche et applaudit à pleines mains comme les milliers d’autres personnes massées autour du lourd portail ouvert de l’édifice. Longtemps. La gorge nouée, le cœur serré.
« C’est comme si je perdais un proche. Un cousin éloigné. Petit-fils de Harkis, je suis né dans cette cité qu’il a façonnée. Cet homme nous a toujours respectés, quoi qu’on en ait dit. Aujourd’hui, toutes les communautés le pleurent ».
Difficile en effet de ne pas être saisi par l’émotion, de retenir une larme.
Les images des obsèques sont retransmises sur écran géant pour ceux qui n’ont pas pu rentrer dans la nef archibondée. De l’extérieur, le chœur est peu loin et pourtant, rien ne vient perturber l’homélie de Claude Azéma, l’évêque auxiliaire. Silence cérémonieux de la foule. Mireille murmure à sa voisine : « Le prêche est juste, décrit bien Frêche avec ses qualités et ses défauts, tel qu’on l’aimait. »
Nombreux sont ces non-intimes du président de la Région à le considérer comme un être cher. À travers leurs mots, chargés d’affection, ils se l’approprient. Pierre a fait la route de Saint-Gilles, dans le Gard. Il n’était pas d’accord avec le politique : « Je pense qu’il dépassait souvent les bornes. »
Pourtant, il est là, en curieux, plutôt ému : « C’est parce qu’au-delà des idées, il y avait ce grand visionnaire, ce bâtisseur. Respect. » Non loin de lui, une mamie regrette de n’avoir pu rentrer dans la cathédrale, elle, militante frêchiste de la première heure : « J’aurais voulu transmettre ma sympathie à ses filles. »
Les minutes filent ; les hommages aussi, qu’on écoute sans fléchir. De la première lettre prononcée au point final. En opinant du chef, en esquissant un sourire aux traits dévoilés si familiers. Les gens d’ici retrouvent “leur“ Georges Frêche dans les paroles de Gérard Depardieu, du sénateur-maire de Lyon, Gérard Collomb. Et surtout à travers les poignantes évocations d’un homme vrai et entier dans la bouche de Raymond Dugrand.
Les quelque 3 500 personnes rassemblées au dehors applaudissent sans retenue l’ancien adjoint à l’urbanisme de Montpellier qui décrit un Frêche respectueux des peuples.
De tous les peuples. Et surtout du sien. Le Roussillonnais, le Languedocien.
Un peu en marge, sur les hauteurs de la rue de l’École de médecine, Abès ne perd pas un mot. Marchand ambulant, il offre un thé à la menthe à qui veut. De bon cœur et pour marquer son affection à celui qui n’est plus : « C’est ce que l’on fait en Algérie quand on veut célébrer la mémoire d’un être cher. »
Il est un peu plus de douze heures trente. La dépouille du président de la Région est acheminée à l’extérieur, pour rejoindre sa dernière demeure, à Puylaurens, dans le Tarn.
La foule l’acclame. Comme pour un rappel. Quand le spectacle est terminé et qu’on en redemande.
C’est une manière de dire merci, au revoir. C’est aussi une façon de retenir encore un peu celui qui s’en va.
Hommage du Maire de notre Commune
"Georges Frêche appartient désormais à l'Histoire. Adulé ou contesté, l'homme ne laissait personne indifférent. Son oeuvre montpelliéraine et régionale est considérable. Beaucoup la rappelleront et la commenteront. Notre cité, elle, sera à jamais marquée de son empreinte grâce au Lycée Marc Bloch. Sa volonté de donner à notre Musée d'art contemporain une dimension nationale restera également un tournant décisif pour le patrimoine et la promotion de Sérignan."
Frédéric Lacas, Maire de Sérignan