Match de Rugby " France - Galles" du 27 Février 2009
Résumé du MatchFrance - Galles
Formidable de courage et d'envie, le XV de France a dominé le pays de Galles (21-16), qui restait sur huit victoires de rang dans le Tournoi. Héroïques en défense, les Bleus sont revenus d'un 3-13 initial pour signer leur meilleur match depuis longtemps et le plus beau succès de l'ère Lièvremont.
Marc Lièvremont et son staff ne passeront ni pour des cons ni pour des incompétents. Avec sa charnière improbable, son ouvreur pas tellement ouvreur et son buteur pas vraiment buteur, le XV de France a terrassé une équipe galloise qui restait sur huit victoires consécutives dans le Tournoi et rêvait d'un deuxième Grand Chelem de rang. Une victoire indiscutable, même si elle fut discutée jusqu'au bout. Les Diables Rouges vont devoir réviser leurs ambitions à la baisse. Ce sont eux qui ont perdu les pédales au Stade de France. Très pâlichons, ils ont été emportés par l'envie, la détermination et la fougue de 22 Bleus déchainés, portés par la vexation et par la volonté de prouver qu'ils valaient tellement mieux que leur défaite en Irlande et la bouillie de non-match servie contre l'Ecosse. Pour tout dire, on n'a pas reconnu cette équipe de France. Tant mieux.
Les coéquipiers de Lionel Nallet ont survécu à tout, à commencer par une première demi-heure hautement frustrante. Maitres du ballon et du terrain, ils se sont pourtant retrouvés menés 13-3 au bout de 25 minutes. La faute à un triple péché. Un triptyque maudit déjà vu du côté de Croke Park il y a trois semaines: indiscipline, inefficacité offensive, carences défensives. Dans l'affaire, les Bleus y ont laissé deux énormes occasions d'essai, pendant que les Gallois, pourtant bien économes de leurs intentions, trouvèrent la faille grâce au talent de leurs lignes arrières, Lee Byrne inscrivant le premier essai au bout d'une action de 50 mètres initiée par Shanklin. L'affaire sentait alors franchement le moisi et le pays de Galles, plus réaliste que souverain, pouvait néanmoins bomber le torse.
30 minutes de haute volée
C'est là, dans la difficulté, que l'équipe de France a montré une forme de grandeur. L'adversité, elle a baigné dedans toute la semaine. Critiquée, presque moquée, contrainte d'effectuer une préparation de bric et de broc après la journée de Top 14 du week-end dernier, elle a résisté à tout ça. Pas question, dès lors, de lâcher prise face aux Gallois, même avec 10 points dans la musette. Une pénalité de Morgan Parra, puis un essai plein de rage de Thierry Dusautoir après une échappée belle d'Harinordoquy au ras d'une mêlée, et les Bleus ont remis les pendules à l'heure en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. A 13 partout à la pause, le score reflétait nettement mieux la réalité des débats.
Mais on n'avait encore rien vu. Les 30 premières minutes du deuxième acte resteront peut-être comme ce que la France version Lièvremont a livré de plus abouti au cours de l'année écoulée. Les Gallois en ont eu le Poireau qui tourne. 30 minutes si pleines que le sort du match en fut scellé. 30 minutes de haute volée avec en point d'orgue un essai splendide au grand large, inscrit par Cédric Heymans. Sans un petit coup de buis de Morgan Parra au pied (une transformation et deux pénalités manquées), le tenant du titre aurait pu boire complètement la tasse. Reste qu'à 10 minutes du terme, Parra a retrouvé la mire pour donner huit points d'avance aux Bleus.
James Hook vendange
Que pouvait alors craindre cette équipe de France si conquérante? Un coup de pompe physique, et une réaction d'orgueil de son adversaire. Une pénalité de James Hook permit aux Gallois de revenir à portée de fusil. Il s'en est alors fallu de très peu pour que le hold-up des hommes de Warren Gatland soit parfait. Pilonnant les Français sur leur ligne d'en-but, il ne leur a manqué que quelques centimètres pour passer en force, avant que Gavin Henson ne vendange un trois contre un sur l'aile droite! Mais il y aurait eu quelque chose d'injuste dans un pareil dénouement. Les Gallois ne méritaient pas de gagner ce match et les Français méritaient encore moins de le perdre.
Il s'est passé quelque chose vendredi soir. Un frémissement. Le début, peut-être, d'une histoire. Oui, les Bleus nous ont refait le coup de ces Frenchies jamais aussi forts que quand on ne les attend pas. Le coup de l'outsider battu d'avance qui, revenu de nulle part, arrive à ses fins. Ca ne suffit pas à régler toutes les questions soulevées ces derniers temps. Mais ça suffit largement pour ne pas passer pour des cons...
Interview de l'entraîneur
Marc Lièvremont n'a pas été ménagé par les critiques cette semaine. Le sélectionneur du XV de France pourrait savourer une douce revanche après la victoire de son équipe face au pays de Galles, vendredi soir. Mais le patron des Bleus, s'il avoue avoir été blessé, n'en rajoute pas.
Marc Lièvremont, vous devez être aux anges après ce gros match et cette superbe victoire…
Marc LIEVREMONT : Je suis extrêmement fier de mes joueurs. Ils ont fait preuve d'une générosité dans le combat assez exceptionnelle, d'un engagement magnifique.
Faut-il que le XV de France soit à ce point au pied du mur pour montrer un tel visage?
M.L. : Peut-être, et c'est un peu le gros regret que l'on peut avoir après ce match. On travaille pour être réguliers dans la performance, pas pour sortir un match comme ça toutes les six ou huit rencontres. Ce soirn (NDLR: hier soir), les joueurs ont placé la barre très haut. Il faudra confirmer. Qui sait, peut-être que dans un an, quand nous irons jouer à Cardiff, nous serons dans la peau du favori et nous aurons les faveurs du pronostic. Cela voudra dire que nous avons bien avancé, que nous avons été dans la continuité de ce match.
Cette semaine s'est-elle transformée en une opération commando?
M.L. : Non, pas vraiment. Nous avons passé une semaine très agréable. Comme toujours depuis un an. Nous nous sommes dits les choses. Malgré le contexte, il y a eu des sourires, des rires même. La table de ping pong a encore beaucoup fonctionné! Le groupe vit bien et il l'a véritablement montré aujourd'hui, peut-être pour une des premières fois. Pour cette raison, je ressens une immense fierté.
Est-ce le match référence dont cette équipe avait besoin?
M.L. : Je le répète, le match référence, il faut être capable de le produire tous les week-ends. Non, ça reste un exploit par rapport aux conditions dans lesquelles on a préparé ce match. On a besoin de travailler dans la continuité et d'enchainer ce genre de performances.
Avez-vous eu peur en début de rencontre?
M.L. : Malgré beaucoup de bonne volonté, on a eu un début de match assez difficile. En première période, on se retrouve menés 13-3 avec deux essais refusés, après on met deux pénalités sur le poteau. C'est dur. Je veux rendre hommage aux joueurs, parce qu'ils ne se sont jamais effondrés, même dans les moments un peu compliqués. Ils sont toujours restés dans le schéma de jeu qui avait été fixé. Au-delà de leur combativité, je veux souligner leur très grande maîtrise tactique.
La composition de la charnière avait fait couler beaucoup d'encre. Elle a finalement été à la hauteur de l'évènement…
M.L. : Oui, nous sommes super fier de notre charnière. Benoît Baby a montré qu'il était plus qu'un 10 de circonstance. Comme on le pensait, il a tout le talent pour jouer à ce poste. Le pack des avants leur a permis de jouer en avançant. Le petit Morgan Parra a été exceptionnel de courage, de lucidité, de fluidité. Il a touché deux fois du bois en prenant deux poteaux. Il a été aussi en manque de réussite. Mais il a fait un grand match.
Ce match s'inscrit-il dans le projet de jeu que vous cherchez à mettre en place?
M.L. : On avait travaillé de la même manière pour jouer l'Ecosse mais pour différentes raisons, on ne l'avait pas appliqué. Nous avons pris les Gallois à leur propre jeu en coupant les extérieurs et en montant très haut en défense. Le projet de jeu? On nous accuse depuis un an de jouer trop sur la largeur… On essaie simplement de jouer un rugby complet possible. De toute façon, le rugby, c'est avant tout du combat. Les joueurs l'ont montré aujourd'hui.
Finalement, c'est peut-être une bonne solution de faire jouer le Top 14 cinq jours avant un match du Tournoi…
M.L. : C'est vrai que les joueurs concernés ont fait un très bon match ce soir, mais on peut penser qu'ils l'ont joué à l'énergie. Sincèrement, notre victoire est presque illogique quant à notre fonctionnement tout au long de la semaine. Le rugby reste un sport de combat, d'homme à homme. Avec leur orgueil, leur fierté, leur solidarité, les joueurs arrivent à renverser des montagnes. Mais vous savez comme moi que réitérer ce type de performance avec telle préparation reste un petit miracle. Un véritable exploit en tout cas.
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