Match de rugby "Italie - France" du 21 Mars 2009
Envie de jouer
« Quoi qu'il arriver à Rome, il n'y aura pas beaucoup d'enseignements à tirer ». C'est Marc Lièvremont lui-même qui l'avait avoué dans la semaine au CNR, et il a évidemment raison. Après la déroute de Twickenham, le Tournoi 2009 est donc de toute façon un échec, et le voyage chez le voisin italien ne comportait que des dangers. Les Bleus avaient en effet tout à perdre, certains jouant sans doute leur dernière carte en bleu, sans écarter du lot les sélectionneurs, qui auraient été forcément très fragilisés par la première défaite du XV de France contre les Transalpins dans la compétition. Il s'agissait donc de montrer de la fougue et de l'orgueil pour relever la tête et finir en beauté. En se méfiant évidemment des rugueux italiens, et en domptant un vent capricieux, qui rendait aléatoire toute tentative de jeu au pied. Ça tombait bien, les joueurs du XV de France avait juré la veille qu'ils n'avaient pas l'intention d'occuper le terrain à grands coups de chausson, mais plutôt à coups de relances et de combinaisons. Alors on attendait de voir comment les hommes de Lièvremont allaient laver l'affront, puisque telle était leur mission.
Trois essais en six minutes On a vite vu, et ils n'auront pas eu à forcer beaucoup pour se rassurer et comprendre que le rachat serait une formalité. Après un début de match haché et tendu, avec comme prévu des Italiens très agressifs, les Bleus ont plié l'affaire en six minutes et trois essais, dont les deux premiers significatifs de l'esprit de revanche. D'abord celui de Sébastien Chabal, sur une charge de mammouth, après une chandelle de François Trinh-Duc rattrapée par Jauzion, puis celui de
Trinh-Duc lui-même, tout en crochet et en évitement. Deux essais qui impliquent trois des joueurs les plus critiqués de Twickenham, tout un symbole. Face au vent, les Français avaient déjà fait le plus dur contre un adversaire incapable de bonifier ses quelques bons ballons, à cause souvent d'un Marcato hors sujet. 25-3 à la pause, puis un nouvel essai d'Heymans juste après le repos, le scénario rappelait celui de la semaine dernière, heureusement dans l'autre sens. C'est la Squadra Azzurra qui jouait à l'envers, qui multipliait les mauvais choix et qui montrait surtout sa faiblesse rédhibitoire derrière, en défense comme en attaque. Les tricolores se baladaient tranquillement sur la pelouse, dans un match un peu fou, et en profitaient pour se faire plaisir, un sentiment peu connu depuis le début de la compétition. Les essais de Domingo, Médard et Malzieu ont juste alourdi le score et récompensé un match sérieux d'une équipe encore au rendez-vous lorsqu'il faut réagir.
La cuillère de bois pour l'Italie
Face à un adversaire complètement dépassé, le XV de France a donc assuré l'essentiel en achevant son tournoi par une large victoire qui met quand même un peu de baume au coeur. Mais les leçons de cette rencontre s'arrêtent là. La faiblesse des Italiens n'a pas offert une résistance assez forte pour que les Bleus avancent un peu sur le fond, sur le jeu. Le festival offensif (sept essais) ne dupe personne, et les chantiers restent nombreux pour que les Français retrouvent une place de choix dans le gotha du rugby mondial. Le prochain rendez-vous, une tournée en Nouvelle-Zélande et en Australie cet été, présentera des oppositions autrement plus fortes, et il faudra tirer les leçons de l'hiver pour espérer exister. Les Italiens, eux, retrouvent la cuillère de bois et ne méritent pas mieux.
Commentaires d'après Match
Lionel Nallet (capitaine du XV de France, vainqueur de l'Italie 50-8) : «Quand tout le monde a envie d'aller dans le même sens, on a des moyens très intéressant et nous sommes capables de faire de belles choses. Je retiens le fait d'avoir réagi et de ne pas être parti en éclat après la désillusion de la semaine dernière. On connaît ces joueurs, ils évoluent dans notre championnat et certains évoluent dans le championnat anglais. Ce sont quand même de très bons joueurs. On avait envie de se racheter. Vu la prestation qu'on avait fait la semaine passée... nous avions été humiliés, touchés dans notre fierté, on avait envie de réagir. »
François Trinh-Duc (ouvreur du XV de France) : «On voulait d'entrée imposer notre jeu et on a pris le large rapidement, ce qui a rendu le match plus facile. Certes, l'Italie n'est pas la meilleure équipe du Tournoi, elle a quelques faiblesses. Après deux ou trois temps de jeu, elle devient moins rigoureuse. On s'est servi de la défaite en Angleterre pour se remettre au boulot. On avait à coeur de se faire plaisir, on termine sur une bonne note».
Damien Traille (arrière du XV de France) : «On s'attendait à une première période difficile, d'autant qu'on avait le vent contre nous. Il y avait un peu d'appréhension après l'Angleterre. On ne savait pas trop où on allait. On a essayé de faire simple et on a pu se libérer. Personnellement, j'avais été surpris d'être titularisé à l'arrière (plutôt qu'à l'ouverture, ndlr), mais c'était que du bonheur. J'ai la chance d'être dans ce groupe et je suis content d'avoir retrouvé du temps de jeu. Arrière ou ouvreur, cela ne me gêne pas, même si le joueur polyvalent, c'est souvent celui qui ne joue pas».
Morgan Parra (demi de mêlée du XV de France) : «Plus que le score, c'est la façon dont nous avons abordé le match que je retiens. C'était dur contre le vent et les Italiens étaient accrocheurs. Mais en jouant simple, en respectant notre plan de jeu, on a su le rendre facile : après avoir encaissé 25 points, l'Italie s'est découverte».
Thierry Dusautoir (3e ligne du XV de France) : «Il ne faut pas déprécier cette victoire. Les Gallois n'ont pas gagné si facilement ici. Cinquante points, ce n'est pas donné à tout le monde. Cela peut sembler simple, mais ce résultat, c'est le fruit du travail. Ca fait plaisir de terminer sur une bonne note, on a montré un état d'esprit très différent, on a été des combattants et des joueurs de ballon. En revanche, le bilan du Tournoi reste globalement négatif. Et j'espère surtout que le succès d'aujourd'hui ne nous fera pas oublier la raclée subie en Angleterre. Il ne faut pas oublier tout le processus qui nous a permis de revenir pour gagner ici. On a toutes les armes pour gagner le Tournoi, mais le problème, c'est qu'on n'est pas assez réguliers».
Cédric Heymans (trois-quarts de XV de France) : «Nous étions sous pression, et on a réagi. S'il y a quelque chose de bénéfique à retirer du Tournoi, c'est qu'il faut toujours agir collectivement et penser aux fondamentaux».
Emile Ntamack (entraîneur-adjoint du XV de France) : «Il y a beaucoup de joie parce qu'on a retrouvé des garçons entreprenants, qui ont montré du caractère, de la justesse, de la disponibilité, de l'application. On s'attendait à trouver un adversaire plus ennuyeux, mais en encaissant vite des essais, les Italiens ont pris un gros coup sur la tête».
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Tournoi des VI Nations