Les " paillotes de plage" seront-elles ouvertes toute l'année ?

Publié le par Yvon Bertrand


D.R Midi Libre

La saison estivale se termine pour les quelque 1 500 établissements installés sur les côtes françaises, dont les deux tiers sont situés en Méditerranée. Mais l’automne peut se transformer en été indien pour ces exploitants : le gouvernement doit publier un décret assouplissant généreusement la réglementation.

Secrétaire d’État au Tourisme, Hervé Novelli l’affirme : « La durée d'exploitation devrait être rallongée pour toutes les plages. Une ouverture à l'année serait d'ailleurs permise pour les plages dont l'activité touristique est permanente, selon certains critères. »

Pour les défenseurs de l’environnement, ce futur texte n’apporte aucune garantie et est « la porte ouverte à n’importe quoi ».

De mieux en mieux structurés, confortables et accueillants,   les restaurants de bord de mer s’emploient à répondre aux exigences d’une clientèle fidèle. ( exemple notre palliote: la Nomada...)

Pour ne pas s’échouer dans le sable d’une réglementation qu’ils jugent en contradiction avec le développement économique, les plagistes s’organisent. Pour les exploitants de paillotes - ils n’aiment guère cette appellation - l’objectif est de bénéficier d’un assouplissement de la réglementation des concessions de plages.

Dans le collimateur : le décret du 26 mai 2006 considéré par nombre d’exploitants comme inadapté aux besoins des communes du littoral méditerranéen.

Ce décret stipulait notamment une réduction des surfaces liées au taux d’occupation. La tolérance c’est « 20 % du linéaire et de la surface par plage, dans les limites communales ».

Jean-Claude Moreu, président de la Fédération nationale des plages-restaurants, met aussi l’accent sur la « restriction d’ouverture » : six mois par an dans les stations non classées, et huit mois pour celles qui le sont.

 Seul Le Cap d’Agde fait valoir ce classement. Enfin, le texte en vigueur depuis 2006 impose aussi que les installations de plages soient démontables.

C’est clair, un nouveau décret satisferait les plagistes.

Jean-Pierre Grand, député héraultais, s’est investi dans le débat. Jusqu’à suggérer l’organisation d’une mission interministérielle.

Quatre inspecteurs généraux ont parcouru le littoral français et rendront leur copie en février. Geneviève Rebufat, avocate de la fédération des plagistes, a bon espoir :

« Nous n’avons certes aucun document signé entre les mains. Néanmoins, on est confiant sur deux points : le nouveau décret devrait prendre acte de l’importance de la fréquentation touristique et de l’étalement de la saison. Autant dire que l’ouverture possible de tous les établissements pendant huit mois apparaît envisageable »
.

A cela, il faut prendre en compte une autre perspective non négligeable : la démontabilité pourrait ne plus être obligatoire.

Pour autant, la fédération n’entend pas militer pour l’ancrage des structures. « Nous sommes installés sur le domaine public maritime. Il est hors de question de prôner des constructions en dur sur la plage », insiste Jean-Claude Moreu. « On sera consulté dès l’automne sur un nouveau décret. D’ici là, nous devons réaliser des audits sur les activités de la profession afin de faire valoir le poids économique et social des plages d’une station. C’est indispensable pour toute négociation », ajoute-t-il.

Satisfaits les plagistes ?

A l’évidence, l’éventualité d’un décret plus souple les ravit. Néanmoins, ils savent pertinemment qu’un texte national ne tient pas compte des spécificités locales. Selon Nicolas Dusfour, président de l’Association des plagistes de Carnon, « la nature du trait de côte et l’érosion marine font que la plupart des plagistes de la région préfèrent démonter ».

En revanche, une ouverture sur huit mois va intéresser l’essentiel des professionnels. « Aujourd’hui, montage et démontage compris, nous fonctionnons du 15 mars au 15 octobre. L’intérêt serait de monter les structures le 1er mars pour une ouverture à Pâques. Le démontage n’interviendrait qu’à la fin octobre », commente Nicolas Dusfour.

Actuellement, dans la région, les établissements de plage n’occupent en moyenne que 5 % des plages.

L’Etat autorise les maires à concéder jusqu’à 20 %.

« Ce sont les élus qui ont le dernier mot », rappelle le président des plagistes de Carnon où cinq paillotes cohabitent. Voici quelques années, il y en avait huit. Trois de moins... aucun professionnel ne s’en plaint.


Interview d'Hervé Novelli, secrétaire d’État au Tourisme

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Y aura-t-il bientôt un décret plage plus souple ?

Élus et plagistes dénoncent la difficulté de mise en place du décret 2006. Sur la surface autorisée, la durée d'exercice durant l'année et le démontage des installations. Parallèlement aux préconisations d’une mission interministérielle, nous préparons avec Jean-Louis Borloo un décret pour l'automne.

Pourquoi ?

La durée d'exploitation devrait être rallongée pour toutes les plages. Une ouverture à l'année serait d'ailleurs permise pour les plages dont l'activité touristique est permanente, selon certains critères. Il prendra aussi en compte le "caractère patrimonial" de certains établissements. En d'autres termes, ceux qui sont difficilement démontables, car ils sont, pour les touristes, une des sources d'attraction à part entière du lieu.

Le linéaire sera-t-il toujours à 80 % public ?

C'est un point délicat. Je partage la logique du décret actuel organisant une juste répartition, en en limitant la privatisation. Mais, en tant que ministre du Tourisme et des PME, je suis le porte-parole du premier secteur d'activité de l'économie qui ne peut fonctionner sans un minimum de souplesse. Il convient d'assouplir le décret en prévoyant des modulations au cas par cas des littoraux pour rétablir une situation plus équitable entre les territoires.

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C’est un retour en arrière


« Monter et démonter mon restaurant me coûte 28 000 € par an. Soit plus de 150 000 € en cinq ans Avec cet argent-là, on pourrait construire un restaurant à l’année sur pilotis par exemple qui résiste aux tempêtes d’équinoxe… »

Certes, Gérard Janicot, le patron de l’ACD, à Sète, est l’un des restos de plage les plus chics de la côte qui emploie jusqu’à 15 personnes.

Mais c’est ce genre de raisonnement qui marque des points auprès du ministère. « Et si on ne démontait pas on pourrait embaucher deux personnes à l’année pour le gardiennage et l’entretien et puis se donner la possibilité d’ouvrir un beau week-end même en hiver... Que veut un touriste ? Manger face à la mer ! Et le tourisme s’étire de plus en plus de part et d’autre de la saison estivale. »

Sous la polémique, la plage .

Pour France nature environnement (FNE), régulièrement consultée sur ce sujet, ces arguments ne tiennent pas.

« C’est un retour en arrière ! »,
s’offusque Benoît Busson, avocat spécialisé dans les questions littorales à FNE.

Il est loin, en effet, le 4 février 2003, où l’État avait fait raser avec force bulldozers et 200 policiers les paillotes de la plage de Sète ;
loin aussi l’incendie de la fameuse paillote "Chez Francis" en Corse

« Le décret plage de 2006 avait permis de trouver un équilibre : 80 % du domaine public maritime restant public et les 20 % aux plagistes. Avec obligation de démontage au bout de six mois de saison, souligne Benoît Busson. Or, malgré tout, on assiste à un phénomène qui va des plages de Pampelonne à Saint-Tropez jusqu’aux rives de la Méditerranée, Languedoc-Roussillon compris : de nombreux sites remarquables ou classés sont de plus en plus "artificalisés" avec 200 tables au lieu des 20 tables sympas prévues… »

Benoît Busson claque : « Novelli, c’est le VRP des plagistes. C’est particulièrement inquiétant qu’il prépare un nouvel arrêté plus souple en venant en quelque sorte au secours de la Fédération nationale des plages et restaurants qui a pourtant vu son recours perdu devant le Conseil d’État... »

L’avocat ajoute : « Jean-Louis Borloo, ministre de l’Écologie, doit prendre position. On ne l’entend pas ! Or, la protection du littoral est sous sa responsabilité. On n’entend que Novelli qui est allé en Corse cet été et, sans doute aidé par le fait que Paris était loin, a commencé à dire qu’il préparait ce décret. »

L’avocat de la FNE précise que, pour lui, le futur texte de loi sera un « détricottage de la législation actuelle ne serait-ce que parce que ce sera le préfet qui aura le dernier mot.
Il décidera au cas par cas. Mais tout le monde sait qu’aucun préfet n’ira contre le gouvernement… Non, vraiment, ce décret tel qu’il est annoncé est la porte ouverte à n’importe quoi. »



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Publié dans Economie Locale

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