L'anguille de l'Etang de Thau : un produit d'exportation …

Publié le par Yvon Bertrand


La multiplication des piquets de châtaigner sur l'Etang de Thau, annonce la pleine saison de la pêche à l'anguille.

 

Anguille

 
Discrète anguille.

Chaque année pourtant, 80 des quelque 280 pêcheurs de l'étang de Thau en tirent 80 % de leurs revenus.

  

 Et si l'anguille jaune ou "l'argentée" - sa version mature - garnit rarement les étals des détaillants locaux, trois mareyeurs spécialisés en Languedoc en achètent puis en écoulent près de 300 tonnes par an !

 

En ce début de mois de septembre, sur l'étang, c'est le branle-bas de combat. Car l'anguille ne se pêche bien sûr pas à l'épuisette. Les pêcheurs la traquent depuis des lustres via leurs triangles et capechades (filets circulaires) implantés dans l'étang sur des "postes" tirés au sort chaque année, ainsi qu'au moyen de brandines, variantes de filets qu'ils peuvent   poser à leur guise sur toute zone de l'étang.


 Et si le début de la pleine saison n'interviendra pas avant la mi septembre, l'heure est à la préparation des engins de capture : pour chaque triangle (piège constitué de capéchades) posé dans la lagune, les pêcheurs doivent planter, à la masse, pas moins de trente piquets de châtaigner mesurant chacun de 2,50 m à 6 m (!) sur lesquels sera fixé le filet.


Un travail de titan indispensable pour prétendre piéger un migrateur qui, pour mémoire, quittera l'étang pour se reproduire dans la mer des Sargasses, avant d'y revenir.


Les professionnels ont eux jusqu'au 31 décembre pour traquer l'anguille verte (dont la capture est à nouveau autorisée depuis le 15 août après un mois de fermeture biologique).

 La pêche à l'anguille argentée sera quant à elle ouverte du 15 septembre au 15 février.

 

Un poisson délectable …


« Il y a encore quelques décennies, les réseaux de commercialisation n'étaient pas ce qu'ils sont aujourd'hui. On consommait l'anguille localement, grillée, en bourride... Ça s'est perdu.
»

 

  

 Une pêche assurément plus dopée par les exportations que par le goût des autochtones : les poissons , vendus entre 5 et 6 € le kilo par les pêcheurs locaux , sont essentiellement expédiés, en viviers, vers l'Italie.


« Difficile à "travailler", ce poisson a progressivement quitté les étals », confirme le président du comité régional des pêches, Henri Gronzio. On croise bien une poubelle grouillante çà et là, entre les halles de Mèze et celles de Marseillan, mais l'anguille, bien que fameuse, suscite une certaine appréhension auprès du consommateur non averti.

Heureusement, certains pays européens s'en délectent donc, et préfèrent l'anguille de Thau à ses variantes, fumées et issues de l'élevage, importées par exemple du continent asiatique.

 Nous ne saurions trop conseiller à ceux qui veulent faire le grand saut de réserver une table au Portanel, à Bages (dans l'Aude), haut-lieu régional de la consommation d'anguilles.


Partie de pêche

Aux commandes de son  sapinou, baptisé Ben Hur, Denis Moréno fend le miroir de l’étang. Marseillan s’éveille. Il est 7 h 30 ou 8 h.

 

L’heure de "visiter" les poches de ses capechades et de ses triangles, plongés à 3 m de fond, qui prennent au piège des créatures élancées.

   © Midi Libre

 Comme lui, environ 80 pêcheurs de l’étang de Thau veillent jalousement sur la tradition de la pêche à l’anguille, une autre spécificité de la lagune.

 

Au beau milieu des eaux, à 2 km du bord, Denis Moréno peut commencer sa "visite", autrement dit, vider les poches de ses filets en déversant les frétillantes anguilles dans les nasses.

 

Des "sacs", qui au retour, seront plongés dans l’eau tout près du mas, en attendant le passage du camion-vivier,sur commande.

 

« L’anguille est alors placée dans des bacs oxygénés, car elle doit rester vivante aussi longtemps que possible. »

 

Le travail est physique, à mains nues. Et gare aux chutes. « Un filet bien rempli et sale peut peser jusqu’à 1 t », assure le pêcheur.

 

 Ça, c’est pour les jours heureux. Mais en ce moment flotte un parfum de fin de saison sur l’étang. Une douzaine de kilos ce matin et Denis s’estime heureux.

 

« Aujourd’hui avec ce ciel bleu, cette eau plate et pas un brin de vent, il n’y aura rien », décrète le pêcheur.

 

 C’est que l’anguille hante avant tout les eaux troubles. « C’est une pêche rééllement passionnante, qui ne laisse rien au hasard. »

 

 Le trio gagnant ?

 

 Une lune vieille ou décroissante, des pluies et des vents favorables de Nord, Est ou de la mer.

 

 « Cela donne des jours à 5 kg, d’autres à 870 ».

 

 La demoiselle est mystérieuse. Elle va et vient au rythme de la grande migration au cours de laquelle elle s’autorise un voyage de 7 000 km pour rejoindre l’Atlantique et pondre ses oeufs dans la mer des Sargasses, au nord-est des Antilles.

 

« A l’automne, les anguilles se croisent dans l’étang, il y a celles qui partent se reproduire – les argentées - et celles qui arrivent - les jaunes ou vertes- pour séjourner 7 à 10 ans dans la lagune. Jusqu’en décembre, c’est alors la haute saison. »

 

Mais pour "exploser" les capéchades, encore faut-il avoir tiré le bon numéro. La pêche à l’anguille est aussi une histoire de loterie.

 

Explication

 

Chaque année, en avril, les pêcheurs se livrent à une sympathique foire d’empoigne lors du pagnolesque "tirage aux postes", un tirage au sort dont le résultat déterminera les meilleurs sites (228 en 2008) sur lesquels chaque pêcheur sera autorisé à traquer les migrateurs - daurades et anguilles - en plus de ses coins de prédilection.

 

 Au temps où les pêcheurs étaient trois fois plus nombreux, les anciens de la lagune avaient pris soin de déterminer des "postes" sur des sites réputés les plus favorables.

 

 Reportés sur une carte marine, ils font aujourd’hui référence.

Reste à les répartir chaque année, d’où le tirage au sort.

 

La règle est immuable : du doyen au plus jeune, par âge décroissant, les pêcheurs tirent au sort un numéro (mieux vaut avoir un petit) qui les invitera à choisir leurs postes, soit parmi les premiers, soit parmi les derniers !

 

En 2008, avec dix postes, Denis Moréno a été plutôt bien servi. En moyenne, chaque année, il sort cinq tonnes d’anguilles. « Avec cela, un pêcheur vit bien, mais il n’est pas riche, cela nous assure une vie tranquille. »

 

 Loin des chantiers et des parpaings. Cet ancien maçon a tout plaqué il y a 21 ans pour revenir sur l’étang, là où il avait appris à nager.

 

La pêche lui a redonné « sa liberté ». Aujourd’hui, il est prud’homme major de l’étang et contribue au maintien d’une pêche ancestrale souvent menacée.

 

Par « l’effondrement des prix, l’équilibre précaire de la qualité de l’eau de l’étang ». Lors de sa reconversion, le Marseillanais a été initié aux gestes d’antan.

 

De la simplicité et du bon sens pour entretenir et « arranger les filets, les débarrasser des herbiers », remettre en place des piquets de châtaignier de 2,5 à 5 m qui permettent de les tendre.

 

 « On les enfonce comme on peut, comme là, avec cette masse un peu préhistorique. », dit-il en montrant son fils à l’oeuvre.

 

 En hiver, à midi, le pêcheur peut escompter souffler un peu et se réchauffer à terre. Mais pas forcément autour d’une bourride d’anguille.

 

« J’en touche trop pour en manger souvent. Pourtant, c’est un poisson de choix et certains n’hésitent pas à payer le prix fort. »

 

 Demandez aux Japonais ou aux Italiens à quelle sauce ils mangent l’anguille.

 C’est un peu leur caviar.


Caractéristiques Etang de Thau
 
Recettes de l'anguille

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Publié dans Pêches locales

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